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Dans la rue, les transports et de nombreux secteurs, mobilisation massive contre la réforme des retraites

Plus de 180.000 personnes étaient dans la rue jeudi partout en France et des secteurs entiers d'activité tournaient au ralenti dans le cadre d'une mobilisation massive contre la réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d'Emmanuel Macron.

En milieu de journée, des milliers de personnes défilaient à Marseille, parmi lesquelles le patron de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. A Rennes, des cheminots côtoyaient des pompiers, des enseignants, des aides a domicile, des salariés d'EDF...

Partout, les cortèges étaient fournis. Avant même le départ de la manifestation parisienne prévue à 14H00, on comptait plus de 180.000 manifestants dans une trentaine de villes, selon un décompte AFP à partir de sources policières et préfectorales.

"Retraite à points, travail sans fin", affichait une pancarte à Montpellier, où la police a décompté 20.000 manifestants, parmi lesquels avocats en robe et soignants en blouse blanche. Ils étaient 19.999 à Nantes, 15.000 à Clermont-Ferrand et 10.500 à Tours, 9.500 à Perpignan, 9.000 à Caen, 7.250 au Havre, 5.200 à Périgueux, selon la police. A Guéret, où la préfecture a compté 2.000 manifestants, "cela fait des années qu'on n'a pas vu autant de monde, peut-être depuis mars 2005 pour la défense des services publics", se réjouit un syndicaliste.

De brefs affrontements entre jeunes cagoulés, "gilets jaunes" et forces de l'ordre ont éclaté en marge de la manifestation lyonnaise, a constaté l'AFP.

Face au mouvement, le président Emmanuel Macron est "calme et déterminé à mener cette réforme, dans l'écoute et la consultation", a indiqué l'Élysée, précisant que "le Premier ministre s'exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l'architecture générale de la réforme".

A l'origine de la mobilisation, le futur "système universel" de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un système "plus lisible" et "plus juste", quand les opposants s'attendent à une "précarisation" des retraités.

- Dans la durée? -

Plusieurs récents sondages ont montré que le mouvement, à l'appel de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que plusieurs organisations de jeunesse, était majoritairement soutenu par les Français.

Pour Pierre Malige, 42 ans, professeur à l'université manifestant à Nantes, "on ouvre la voie à la capitalisation, parce qu'on va avoir une baisse des pensions et que donc le réflexe pour beaucoup de collègues, ça va être de jouer en individuel et moi j'ai envie qu'on continue à jouer collectif pour les retraites".

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Des grèves illimitées sont prévues à la RATP et à la SNCF, où le taux de grévistes a atteint 55,6% en moyenne, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction.

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève, sans impact pour l'instant sur les stations-service.

Les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme.

Nombre d'écoles sont aussi restées closes. Le ministère de l'Éducation nationale a recensé 51,15% d'enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Au total, un fonctionnaire sur cinq était en grève (21,2%), selon le secrétaire d'Etat Olivier Dussopt.

A EDF, le taux de grévistes atteignait 43,9% selon la direction. Selon la CGT, les préfectures de Haute-Marne et de Lorraine notamment ont été privées de courant.

Éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers appelaient également à l'action. De même que des "gilets jaunes", le PS, LFI, le RN ou le PCF.

- "Se mettre un peu sur la figure" -

Des syndicats peu coutumiers des manifestations sont de la partie, dont des fédérations de l'Unsa. Quelque 200 personnes se sont rassemblées à l'appel de ce syndicat aux abords du ministère des Finances, a constaté une journaliste de l'AFP. "Nous, on a les deux fers de l'action au feu", a expliqué son secrétaire général, Laurent Escure: "La négociation parce qu'on ne veut pas laisser les salariés tout seuls" et "la mobilisation pour les secteurs en colère".

Des syndicats de la CFTC et la CFE-CGC ont aussi appelé à manifester.

Seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'une réforme "universelle". Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté jeudi que "la logique qui prévaut, c'est quand même de se mettre un peu sur la figure avant de commencer à discuter".

Pour décider de la suite du mouvement, des assemblées générales sont prévues en fin de journée, ainsi qu'une réunion vendredi matin des organisations à l'initiative du mouvement.

"On ne pense pas qu'il y aura une amélioration significative demain" dans les transports publics, a déclaré la ministre des Transports, Élisabeth Borne, tout en assurant ne pas se mettre "dans l'idée qu'on s'installe dans un conflit long". A la RATP, la reconduction du mouvement a été votée en assemblées générales jusqu'au lundi 9.

La grève sera "reconductible pour un certain nombre de secteurs, c'est certain", a estimé jeudi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

A Paris, le ministère de l'Intérieur s'attend à la présence de "quelques centaines" de "black blocs" et "gilets jaunes radicaux", une situation quasi habituelle depuis la loi travail de 2016. La préfecture de police a mobilisé près de 6.000 policiers et gendarmes. A 13H00, la préfecture de police signalait 6.333 personnes contrôlées et 28 interpellations.

Les syndicats n'ont pas obtenu de recul sur une réforme décriée depuis 2006, avec le Contrat première embauche.

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A Marseille, des dizaines de milliers de manifestants déterminés contre la réforme des retraites

"Macron, tu vas la prendre ta retraite à poings": à Marseille, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé jeudi contre la réforme des pensions, entre détermination, colère et slogans ironiques.

Parti du Vieux-Port en fin de matinée, le long cortège, où se croisent avocats, employés du secteur de la santé, travailleurs du privé, fonctionnaires, enseignants ou retraités, a défilé dans une ambiance bon enfant derrière une banderole "RETRAIT du projet de réforme des retraites à points du gouvernement".

Sur le Vieux-Port, au centre de la deuxième ville de France, les derniers manifestants n'ont pu avancer que 1H45 après le départ du cortège, qui comptait 25.200 personnes selon la police, 150.000 selon le syndicat CGT.

"La retraite avant l'arthrite", demande un manifestant sur un bout de carton, "81,81 % des gens n'ont pas dit oui au projet Macron", assène un deuxième.

"Cette réforme, elle est juste impossible. Hormis favoriser le privé, ce gouvernement ne fait rien pour les vraies gens, on est dans une politique des privilégiés, comment voulez vous qu'on leur fasse confiance?", s'indigne Sophie, psychologue en cancérologie pédiatrique à l'hôpital de La Timone.

"Comment je vais encore pouvoir travailler à 65, 67 ans, est-ce que les ados, les enfants, voudront parler à une grand-mère? Sans parler de l'usure mentale, de la fatigue".

"Bella ciao", "La Salsa du démon", "Clandestino", de Manu Chao, les camions équipés de sonos crachent les grands classiques des manifestations. A la camionnette de l'union locale de la CGT de Vitrolles, le rhum planteur est annoncé à 2 euros. Mais les manifestants préfèrent pour l'instant hurler leurs slogans, dont le fameux "Aux armes, nous sommes les Marseillais" des supporters de l'OM.

- "Cette réforme va nous tuer" -

"Nous sommes ici contre le projet de loi Delevoye globalement, car nous militons pour un système solidaire, tout en préservant les spécificités de chaque régime particulier", souligne Me Céline Carru, présidente du Syndicat des avocats de France à Marseille.

"Le système de retraite des avocats par exemple est autonome, autofinancé, et en 2018 nous avons même participé à la solidarité nationale à hauteur de 80 millions d'euros", ajoute-t-elle.

Hélène, 61 ans, travaille dans le secteur de la petite enfance: "Cette réforme va nous tuer, nous étrangler. Je me bats pour les générations futures", explique-t-elle, gilet jaune sur le dos, en brandissant une pancarte contre les taxes sur les produits de première nécessité.

"Défendre la retraite des jeunes": c'est aussi ce qui a motivé Christian, 57 ans, chercheur dans le nucléaire à Cadarache, à venir. "Avec ce système, on laisse trop de liberté aux gouvernement successifs qui pourront baisser le prix du point sans négociation. En fait, toutes les retraites seront individualisées".

"Cette réforme ne fera que des perdants et les enseignants seront les plus perdants parmi les perdants", abonde Julien Marec, professeur d'histoire-géographie dans un collège des quartiers populaires du nord de Marseille. Dans son établissement aujourd'hui, il y aurait 88% de grévistes parmi les enseignants: "Aucun CPE, aucun surveillant, il est au point mort".

Sur le front politique, toute la gauche était représentée sur le pavé. Le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, député de Marseille, a notamment accusé le président de la République de vouloir ramener les Français à un système de retraite "d'avant 1910".

Porte d'Aix, la manifestation s'achève dans le calme. Sur la place, des enfants avec des pancartes "Macron Robin des riches", "Je participe, tu participes, il/elle participe, nous participons, vous participez, ils/elles profitent".

Olivier Mateu, secrétaire départemental des Bouches-du-Rhône de la CGT, tire le bilan de cette première manifestation: "Au niveau des arrêts de travail, il faut remonter à la grève de 1995 pour voir ça. En fait, notre but est d'impacter l'activité, dans la durée, sans recourir à la grève perlée, jusqu'au retrait de ce projet".

Et de conclure: "Ce sont tellement les représentants de la +World Company+ qu'à un moment, ça se paye".

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Trump a commis des actes passibles de destitution, selon des experts en droit

Trois professeurs de droit ont jugé mercredi que l'enquête en destitution contre Donald Trump était justifiée et même nécessaire pour protéger la démocratie américaine, s'attirant les foudres des élus républicains qui les ont accusés de partialité lors d'une audition fleuve au Congrès.

Ces experts, invités par la majorité démocrate de la Chambre des représentants, ont été contredits par un confrère, convié lui par les républicains, qui a jugé les preuves "insuffisantes" pour mettre le président en accusation ("impeachment").

Donald Trump est dans la tourmente parce qu'il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, l'un de ses potentiels rivaux pour la présidentielle de 2020.

Les démocrates sont convaincus qu'il a abusé de son pouvoir pour parvenir à ses fins, notamment en gelant une aide militaire destinée à cet allié en conflit avec la Russie. Après deux mois d'enquête et l'audition de 17 témoins, ils ont assuré mardi avoir réuni des "preuves accablantes" pour nourrir leur dossier d'accusation.

Le président républicain, qui nie avoir exercé des pressions sur Kiev, a encore dénoncé mercredi une "blague" démocrate "mauvaise" pour le pays.

Au même moment, les parlementaires entamaient le débat juridique pour déterminer si sa conduite correspondait à l'un des motifs de destitution mentionnés dans la Constitution: "trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs".

Sans hésiter, trois professeurs d'université prestigieuses ont répondu par l'affirmative.

- Barron pas baron -

"Si l'on ne peut pas mettre en accusation un président qui utilise son pouvoir à des fins personnelles, nous ne vivons plus dans une démocratie, nous vivons dans une monarchie ou une dictature", a notamment estimé Noah Feldman, professeur de droit à Harvard, devant la commission judiciaire de la Chambre.

"Si le Congrès ne le destitue pas, la procédure de destitution aura perdu tout son sens, tout comme les garanties constitutionnelles destinées à empêcher l'installation d'un roi sur le sol américain", a renchéri Michael Gerhardt, de l'université de Caroline du Nord.

Pamela Karlan, de l'université Stanford, a elle accusé Donald Trump d'avoir commis "un abus de pouvoir particulièrement grave" en demandant à un pays étranger de l'aider à gagner l'élection.

Elle a souligné que la Constitution américaine ne donnait pas au chef de l'exécutif le pouvoir absolu d'un roi. "Donald Trump peut appeler son fils Barron, mais ne peut pas en faire un baron", a-t-elle plaisanté en référence au dernier fils du président.

Un enfant "doit être tenu à l'écart de la politique", a réagi sur Twitter sa mère Melania Trump. "Pamela Karlan, vous devriez avoir honte de vos courbettes politiques, évidemment partisanes", a-t-elle encore asséné.

Faire référence au fils du président, qui n'a que 13 ans, "vous donne l'air méchante", lui a également dit l'élu républicain Matt Gaetz en l'interrogeant sur ses dons aux campagnes de plusieurs candidats démocrates.

Mme Karlan s'est excusée d'avoir cité l'adolescent, sans revenir sur le fond de sa déclaration.

- "Menace continue" -

Voix dissonante dans ce panel d'experts, Jonathan Turley, de l'université George Washington, a déploré le manque de "preuves directes" contre le président et la "précipitation" des démocrates. Dans ce débat, "il y a tellement plus de rage que de raison", a-t-il pointé.

De fait, chaque camp s'est montré virulent mercredi.

Donald Trump "représente une menace continue pour la Constitution et notre démocratie", a accusé l'élu démocrate Jerry Nadler en conclusion de près de huit heures d'auditions, retransmises en direct à la télévision.

Le républicain Doug Collins a rétorqué que le dossier contre le président était vide. "Il n'y a rien de mal, rien qui ne mérite une mise en accusation", a-t-il lancé en dénonçant un processus "injuste". "On ne sait même pas quelles sont les prochaines étapes", a-t-il noté.

Jerry Nadler, qui préside la commission judiciaire, a laissé entendre que d'autres témoins pourraient être auditionnés prochainement, sans en dire plus.

Sa commission, qui est chargée de rédiger l'acte d'accusation du président, envisage quatre chefs: abus de pouvoir, corruption, entrave à la bonne marche du Congrès et entrave à la justice. Si elle les retient, ils seront soumis à un vote en séance plénière à la chambre basse du Congrès, peut-être avant Noël.

Compte tenu de la majorité démocrate dans cette enceinte, Donald Trump deviendra le troisième président de l'histoire des Etats-Unis mis en accusation au Congrès, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, tous deux acquittés ensuite.

Le Sénat, à majorité républicaine, sera ensuite chargé de juger le président et il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable.

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Policiers brûlés à Viry-Châtillon : 10 à 20 ans de réclusion pour 8 accusés, 5 acquittements

"Incompréhensible" pour les parties civiles; verdict "médiatique" pour la défense: la cour d'assises de l'Essonne a condamné mercredi 8 jeunes à des peines allant de 10 à 20 ans de réclusion pour la violente agression de policiers à Viry-Châtillon en 2016, et en a acquitté 5 autres.

Jugés à huis clos à Evry depuis le 15 octobre, les huit condamnés ont été reconnus coupables de tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Ils encouraient la réclusion criminelle à perpétuité.

Le verdict, rendu sous haute surveillance policière dans une salle pleine à craquer, a été accueilli dans le calme.

Après treize heures de délibération, la cour n'a pas suivi les réquisitions du parquet qui avait demandé jeudi, au terme d'un réquisitoire de cinq heures, des peines de 20 à 30 ans de réclusion criminelle contre les 13 accusés, âgés aujourd'hui de 19 à 24 ans.

Le 8 octobre 2016, deux voitures de police stationnées à proximité de la Grande Borne, considérée comme l'une des cités les plus sensibles d'Île-de-France, avaient été prises d'assaut en plein jour par une vingtaine de jeunes.

En quelques secondes, ils avaient brisé les vitres et jeté dans l'habitacle des cocktails Molotov. Dans une première voiture, les deux sièges avant s'enflamment. Un adjoint de sécurité, âgé aujourd'hui de 31 ans, et une gardienne de la paix, 42 ans, prennent feu.

Dans l'autre voiture, les deux agents parviennent à sortir malgré le cocktail Molotov tombé sur la banquette arrière. Ils seront blessés plus légèrement.

L'agression avait eu un immense retentissement et déclenché une fronde inédite dans la police. Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, avait dénoncé "un acte de guerre", "une attaque barbare, sauvage, qui était destinée à tuer".

- "Demi teinte" -

"Les victimes attendaient un signal fort de la justice, un message à destination de l'ensemble du peuple français, que l'on ne touche pas à un policier (...). Les peines prononcées sont extrêmement faibles par rapport à la qualification retenue", a réagi Laurent-Franck Liénard, avocat de deux des policiers brûlés.

Dénonçant un verdict "incompréhensible", il a affirmé avoir "l'impression" que ces peines "n'étaient pas à la hauteur du crime".

Même tonalité pour l'avocat Thibault de Montbrial, qui représente une des policières prises pour cible. "Compte tenu de la violence sans cesse croissante qui monte dans notre pays, des attaques quotidiennes contre les forces de sécurité intérieures, ce verdict est extrêmement inquiétant", a-t-il dit.

Du côté de la défense, certains critiquaient au contraire un verdict trop sévère.

"Quand on voit un gamin de 17 ans qui se prend 18 ans aux assises sans même que lui soit appliquée l'excuse de minorité, c'est parfaitement scandaleux. C'est un gamin de 17 ans qui a été complètement broyé par l'enquête", a réagi Me Deborah Meier-Mimran dont le client était mineur au moment des faits.

"C'est simplement une décision médiatique et c'est dramatique de voir à quel point les syndicats de police peuvent influencer l'opinion d'une cour d'assises", a-t-elle ajouté.

Me Arnaud Simonard, dont le client a été acquitté, s'est dit lui "profondément soulagé": "Je mesure le courage qui a été celui de la cour pour l'acquitter compte tenu des pressions, à chaque instant, politiques, des syndicats", a-t-il détaillé.

Les 13 jeunes identifiés par les enquêteurs étaient âgés de 16 à 21 ans à l'époque des faits. Les enquêteurs estiment qu'ils avaient planifié depuis quelques jours de "niquer des keufs".

Quelques heures avant le verdict, une cinquantaine de policiers eux s'étaient rassemblés devant le tribunal d'Evry à l'appel des syndicats Alliance et Unité SGP.

"On ne comprend pas cette décision en demi-teinte avec une forme de mansuétude et notamment des peines de seulement 10 ans", a déclaré Loïc Travers, secrétaire national Ile-de-France d'Alliance.

"C'est un déni, une négation de l'humanité des policiers, de ceux qui chaque jour risquent leur vie pour éviter que notre société ne sombre, et ça c'est juste inacceptable", a renchéri Linda Kebbab, déléguée Unité SGP Police.

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Leon Schwarzbaum, rescapé d'Auschwitz: "Témoigner, un devoir envers les morts"

L'Allemand Leon Schwarzbaum figure parmi les derniers témoins vivants de la déportation à Auschwitz, l'ancien camp nazi qu'Angela Merkel visitera pour la première fois vendredi. A 98 ans, il continue de témoigner sans relâche.

Pour ce Berlinois, l'un des rares rescapés juifs à s'installer au "pays des bourreaux" après la Shoah, raconter inlassablement relève de son "devoir envers les morts".

"J'ai eu la chance de survivre, ma famille ne l'a pas eue", poursuit cet homme courtois et décidé, qui reçoit en cravate dans son appartement coquet d'un quartier tranquille de Berlin.

Leon Schwarzbaum a été déporté à Auschwitz à 22 ans. Ses parents ont été gazés le jour de leur arrivée en juillet 1943. Trente-cinq membres de sa famille ont été assassinés.

Pendant ses deux ans à Auschwitz, il a été réduit au travail forcé au service de Siemens avant de parcourir, hagard, des centaines de kilomètres dans des "marches de la mort", prisonnier des nazis qui ont fui le camp avant l'arrivée de l'Armée rouge le 27 janvier 1945.

"J'ai vu des choses effroyables", s'emporte-t-il, l'index pointé en l'air. "Des gens nus dans un camion, les bras en l'air pour implorer le ciel, ils pleuraient". On les emmenait à la mort. "Ce moment m'a poursuivi toute ma vie".

Un soleil froid traverse les fenêtres de son élégant salon rempli de meubles anciens et de souvenirs d'une vie. Il protège ses yeux avec sa main tavelée qui rappelle que désormais, le temps presse pour raconter.

"Les SS étaient là pour enlever aux gens leur nom et anéantir leur existence", reprend-il.

- 'T'étais où ?' -

Leon Schwarzbaum alors relève la manche gauche de son pull en laine. Il énonce les chiffres tatoués sur son bras décharné. "132 - 6 - 24".

Au dessus de la cheminée, l'affiche d'un documentaire consacré à son retour en Pologne le montre à l'âge de quatre ans. Il y a quelques années, il est retourné dans la ville de Bendzin, où il a grandi, à 60 km d'Auschwitz.

Après la déportation, il n'a pas voulu se réinstaller là-bas. Berlin malgré ses cicatrices l'a attiré. "J'avais des amis ici, c'étaient eux désormais ma famille", explique-t-il.

Dans Berlin divisée, l'amour surgit. "J'ai fait la connaissance de mon épouse, nous avons ouvert un magasin d'antiquités" face au grand magasin KaDeWe. Sa femme lui sourit depuis un cadre posé devant lui. Elle est morte en 2012.

Pendant des décennies, Leon Schwarzbaum garde son histoire effrayante comme un secret cadenassé: "Je ne savais pas à qui je pouvais raconter ces monstruosités". Personne n'avait envie d'entendre les rescapés.

Mais dans les années 70, une fête de mariage au bord du lac de Wannsee vient lui rappeler l'horreur. La nuit avance et son voisin de table s'enhardit: "T'étais où pendant la guerre, camarade? Moi j'étais dans les SS".

Sa femme lui répond, glaciale: "Mon époux était à Auschwitz".

- Souvenirs atroces -

Finalement, au soir de sa vie, il commence à témoigner auprès des jeunes générations et devant la justice.

En février 2016, il raconte son calvaire au procès d'un ancien garde d'Auschwitz, Reinhold Hanning, 93 ans, l'un des tous derniers du nazisme. Leon Schwarzbaum en ressort profondément déçu. Reinhold Hanning n'a pas parlé durant les audiences, se contentant d'une confession écrite.

Quelques minutes avant le verdict qui condamne le vieillard à cinq ans de prison, M. Schwarzbaum lui transmet une lettre qu'il lit maintenant d'un trait, assis au bord de son canapé.

"Il n'y a pas de pardon. Seuls les morts dont vous avez pris la vie en tant que SS peuvent pardonner (...) Tout comme nous, les rescapés, devrons vivre avec ces souvenirs atroces jusqu'à notre mort, vous serez seul avec vous-même jusqu'à votre mort".

Reinhold Hanning n'a pas répondu à la lettre. Il est mort en 2017.

Le 27 janvier 2020, le rescapé ne se rendra pas à Auschwitz pour les cérémonies marquant le 75e anniversaire de la libération du camp. A cause du froid sibérien qu'il faudrait supporter en plus des souvenirs glaçants.

Quelques jours plus tard, Leon Schwarzbaum, matricule 132624 à tout jamais, fêtera ses 99 ans.

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Colombie: plusieurs milliers de manifestants contre le gouvernement d'Ivan Duque

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté de nouveau mercredi en Colombie, au quatorzième jour de la mobilisation pour une inflexion de la politique du président de droite Ivan Duque, mais l'affluence était moindre que lors des premières marches.

Les leaders du mouvement entendent maintenir la pression qu'ils exercent sur le gouvernement de M. Duque, en poste depuis 16 mois, à travers cette troisième journée de manifestations en deux semaines.

Selon le ministère de l'Intérieur, le nombre de manifestants s'élevait à 40.000 en milieu de journée dans tout le pays, un chiffre que les organisateurs ont jugé sous-estimé. La journée s'est globalement déroulée dans le calme, malgré quelques incidents entre manifestants et forces de l'ordre à Bogota et Medellin.

Pour la première journée, le 21 novembre, une mobilisation d'envergure nationale et des grèves très suivies avaient paralysé la Colombie.

Le mouvement, inhabituel dans ce pays sud-américain, réclame notamment le retrait d'un projet de réforme fiscale, le respect de l'accord de paix avec l'ex-guérilla des Farc de 2016, un changement de la politique libérale de M. Duque, plus de moyens pour le secteur éducatif, mais aussi que soit mis fin aux assassinats de militants communautaires.

Les manifestants exigent également le démantèlement de l'Escadron mobile anti-troubles (Esmad), une police anti-émeute répressive. L'Esmad concentre la colère des manifestants, indignés par la mort le 25 novembre de Dilan Cruz, 18 ans, mortellement blessé à la tête par un sachet de billes de plomb tiré par un agent de cette force spéciale.

Dans les rues de Bogota, plusieurs rassemblements avaient lieu mercredi dans le calme. Si les manifestants étaient peu nombreux dans la matinée, les cortèges se sont peu à peu étoffés au fil de la journée.

Avocats, syndicalistes, étudiants, indigènes ou instituteurs, ils étaient plusieurs milliers en début d'après-midi à occuper la place Bolivar, coeur historique de la capitale, proche de la présidence.

- "L'Etat ment plus que mon ex" -

"Le peuple colombien s'est réveillé", s'est exclamé Paola Jimenez, une avocate de 41 ans, casserole et cuiller en main pour participer au "cacerolazo" (des cuillers frappées sur des casseroles) prévu à la fin de la journée. "Les Colombiens ont de plus en plus de mal à vivre financièrement".

Nicolas, étudiant en architecture, brandissait une pancarte sur laquelle il avait inscrit: "l'Etat ment plus que mon ex".

"Le gouvernement écrase les peuples indigènes", affirmait Victor Fernando Gañan, un Amérindien qui avait parcouru 380 km pour venir manifester à Bogota. "Nous n'avons plus peur, c'est pourquoi nous sommes ici".

Dans les rues adjacentes, des policiers et des soldats étaient déployés.

Certaines routes étaient bloquées dans la capitale et à Cali (nord-ouest), mais les commerces étaient ouverts.

Le mouvement de grogne en Colombie survient au moment où des manifestations ébranlent ou ont récemment ébranlé le pouvoir en place au Chili, en Equateur et en Bolivie.

Mardi, le Comité national de la grève colombien, qui regroupe syndicats, étudiants, professeurs, indigènes et responsables d'opposition, s'est réuni pour la première fois directement avec des délégués de la présidence, mais aucun accord n'a été conclu. Une autre rencontre doit avoir lieu jeudi.

Le président Ivan Duque affronte la contestation la plus ample qu'ait connue la Colombie depuis les années 1970. Il avait demandé aux organisateurs d'annuler les manifestations de mercredi pour atténuer les "effets économiques" du mouvement qui, selon lui, atteignent les 285 millions de dollars de pertes.

Selon un sondage Gallup publié mercredi, 70% des Colombiens désapprouvent la gestion de M. Duque, contre 48% en février.

C'est la troisième "Mobilisation nationale" à laquelle appelle le Comité national de la grève. Mais depuis le 21 novembre, la protestation a aussi pris la forme de manifestations spontanées ou organisées chaque jour par tel ou tel secteur de la société colombienne.

Elles rassemblent parfois quelques centaines, parfois plusieurs milliers de personnes. Les manifestants défilent au son des "cacerolazos" pour exiger une inflexion de la politique de M. Duque.

Depuis le 21 novembre, quatre personnes ont péri dans des violences et 500 autres ont été blessées, dont des civils, des soldats et des policiers. Au total, 204 personnes ont été arrêtées.

Quatrième économie d'Amérique latine, la Colombie est l'un des pays les plus inégalitaires du continent.

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Téléthon: la thérapie génique, de l'espoir à la réalité

Le Téléthon, en plus de 30 ans d'existence, a contribué à la révolution de la thérapie génique contre des maladies rares touchant trois millions de Français et permis de bâtir des outils utilisés dans des maladies plus répandues, comme certains cancers.

Pour son édition 2019, vendredi et samedi sur les chaînes de télévision publiques, le grand marathon caritatif partagera les espoirs et les succès de cette "révolution médicale" comme l'appelle l'Association française contre les myopathies-Téléthon.

Face à l'arrivée cette année de la première thérapie génique pour une maladie rare neuromusculaire, la forme la plus grave de l'amyotrophie spinale, qui emporte les enfants atteints le plus souvent avant l'âge de dix mois, la présidente de l'AFM-Téléthon, Laurence Tiennot-Herment ne cache pas son émotion: "J'ai tellement vu mourir de bébés en 30 ans d'association".

Aux Etats-Unis, où ce traitement est commercialisé depuis le 24 mai pour les enfants de moins de deux ans, la petite Evelyn, traitée alors qu'elle n'avait que quelques semaines, danse à présent avec son médecin. "Un tel résultat n'avait jamais été atteint. On a rêvé d'images comme celles-là!", s'exclame le Dr Serge Braun, directeur scientifique de l'association.

En France, six premiers bébés ont pu bénéficier du traitement, grâce au système d'accès accéléré, appelé ATU (autorisation temporaire d'utilisation) avant sa mise sur le marché.

Comme Hyacinthe, diagnostiquée vers 7 mois. "On a vu rapidement des progrès. Aussitôt qu'on a fait une injection, elle s'est mise à bouger les bras, à porter des choses à la bouche", ce qui veut dire qu'elle pourra manger, et "elle peut bouger un peu les jambes", témoigne sa mère.

"La différence, explique Mme Tiennot-Herment, c'est qu'Evelyn a été traitée plus tôt et Hyacinte, à 18 mois."

La maladie est due à la dégénérescence des motoneurones qui commandent la contraction musculaire et servent à se mouvoir. Il s'agit de traiter avant une perte trop importante de ces neurones, avant même l'apparition des symptômes. L'AFM-Téléthon revient donc à la charge pour réclamer un dépistage néonatal afin d'éviter les "pertes de chances" pour les bébés (250 par an) qui naissent aujourd'hui alors que des traitements existent.

- Industrialiser les biothérapies -

Parmi les recherches auxquelles a contribué l'argent du Téléthon, les "patchs" à base de cellules souches, greffés sous la rétine pour traiter les rétinites pigmentaires qui touchent près de 30.000 personnes en France. Le premier essai français a débuté, mais, à terme, ce traitement pourrait également s'adresser à la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) qui concerne 1,5 million de personnes.

Des outils, les "vecteurs" (transporteurs des gènes réparateurs) de thérapie génique conçus pour des déficits immunitaires sévères génétiques rares (maladie des bébés-bulle) sont maintenant utilisés pour armer génétiquement les globules blancs contre les tumeurs, note le Dr Braun. Trois médicaments de ce type sont déjà autorisés pour des lymphomes et des leucémies.

Mais "la production à grande échelle de médicaments de thérapie génique se heurte à un obstacle non résolu", constate le Dr Braun.

"Un traitement de thérapie génique nécessite un milliard de fois plus de particules de virus (véhicule du gène réparateur, ndlr) que pour un vaccin et il faut de plus grandes quantités pour traiter un patient souffrant d'une maladie neuromusculaire", explique-t-il.

Par ailleurs le coût de production peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, souligne-t-il. Ainsi pour le Zolgensma (Novartis) issu de travaux de Généthon et du CNRS, "la moitié du prix (2 millions d'euros environ pour traiter un malade en une fois) correspond vraisemblablement au coût de production" et "s'il fallait traiter d'autres formes d'amyotrophie spinale, le modèle économique ne tiendrait pas". En revanche, le contrat avec le laboratoire stipule que le prix ne doit pas faire obstacle au traitement des patients en France, précise-t-il.

Le défi, c'est maintenant d'inventer de nouveaux moyens de production pour permettre l'industrialisation de ces biothérapies innovantes.

Sur 8 médicaments de thérapie génique mis sur le marché, 7 sont liés directement (3) ou indirectement (4) au Généthon, le laboratoire du Téléthon.

Les promesses de dons se font au numéro 3637 ou sur telethon.fr.

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Bolsonaro veut imprimer sa marque sur le sommet du Mercosur

Les dirigeants d'un Mercosur en pleine recomposition politique se réunissent jeudi pour un sommet dont l'hôte, le président brésilien Jair Bolsonaro, entend imprimer sa marque d'ultra-libéral face à une Argentine "qui a viré à gauche".

La rencontre à Bento Gonçalves, dans le sud du Brésil, du bloc qui comprend également l'Uruguay et le Paraguay se déroule en pleine période de transition politique dans la région, ce qui ne laisse pas entrevoir d'annonces majeures.

L'Argentine est représentée par un président Mauricio Macri (centre droit) sur le départ: la semaine prochaine c'est le péroniste de centre gauche Alberto Fernandez, dont les relations avec Jair Bolsonaro sont exécrables, qui prendra ses fonctions.

Si M. Bolsonaro compte déjà un allié avec le Paraguay et son président Mario Abdo Benitez, ce n'est qu'à partir de mars qu'il pourra se rapprocher aussi de l'Uruguay où Luis Lacalle Pou (centre droit), fraîchement élu, arrivera au pouvoir.

En attendant, c'est la vice-présidente d'Uruguay Lucia Topolansky qui représente le président sortant de gauche Tabaré Vazquez, absent pour raisons de santé, au sommet de Bento Gonçalves.

La réunion plénière des dirigeants est prévue à 11H00 (14H00 GMT), avant la signature de divers accords puis un déjeuner et une déclaration à la presse.

Les pays du Mercosur doivent discuter de coopération policière et de la réduction du tarif douanier extérieur commun (AEC) s'appliquant aux importations en provenance de pays tiers, actuellement de 13% à 14% en moyenne.

- "Viré à gauche" -

Les relations de Jair Bolsonaro avec l'Argentin Alberto Fernandez --dont il va bouder la cérémonie d'investiture le 10 décembre -- sont parties du mauvais pied.

Au point de soulever de nombreuses questions sur la cohésion future du Mercosur, les relations entre ses deux poids lourds et l'avenir de l'accord de libre-échange conclu en juin avec l'Union européenne, qui est elle-même loin de l'avoir ratifié.

Mais mercredi le président d'extrême droite Jair Bolsonaro a prôné "le pragmatisme", une politique à laquelle il a fini par se résoudre par exemple avec la Chine "communiste", devant l'ampleur des enjeux économiques et commerciaux.

L'Argentine "a viré à gauche", mais "nous allons vers le pragmatisme. Si nous nous affrontons, nous sommes perdants, et l'Argentine a bien plus à perdre", a-t-il prévenu.

"Nous devons honorer les contrats. Nous ne pouvons pas rompre les contrats et les accords, car nous perdrions notre crédibilité", a ajouté M. Bolsonaro, fraîchement converti à l'ultra-libéralisme, sous la houlette de son ministre de l'Economie Paulo Guedes.

Ses propos relativement conciliants n'ont pas empêché son chef de la diplomatie Ernesto Araujo de déclarer, en recevant mercredi soir ses homologues en marge du sommet, que l'époque était révolue d'un Mercosur "protectionniste, inefficace et doctrinaire". Et de lancer une violente charge contre le socialisme, message à peine voilé au futur pouvoir argentin.

"L'objectif (du socialisme) est le pouvoir, la destruction de l'économie et du bien-être. Certains insistent pour suivre cette voie. Mais nous sommes sortis de la caverne et retournés vers la lumière", a-t-il lancé.

- "Rhétorique guerrière -

Brasilia a menacé de quitter le Mercosur, de peur que M. Fernandez, qui hérite d'une économie en crise, n'adopte des mesures protectionnistes.

"Cette rhétorique guerrière est une manière pour le gouvernement brésilien de se positionner à la table des discussions pour obtenir plus de concessions du gouvernement argentin", a estimé pour l'AFP Thomaz Favaro, analyste chez Control Risks.

Mais une mauvaise nouvelle venue des Etats-Unis pourrait rapprocher les deux pays latino-américains.

L'annonce lundi du président américain Donald Trump de l'imposition de tarifs douaniers sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance du Brésil et d'Argentine a placé les deux pays dans le même sac -- au grand dam des Brésiliens, qui ambitionnent de devenir les alliés stratégiques de Washington.

Cette décision "devrait rapprocher le Brésil et l'Argentine. Les tensions ne sont pas à leur avantage", a estimé auprès de l'AFP Rubens Barbosa, président de l'Institut des relations internationales et du commerce extérieur (Irice).

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Deuxième plainte de Huawei contre l'administration Trump

Huawei a annoncé jeudi une deuxième procédure judiciaire contre l'administration américaine, qui a exclu le géant chinois des télécoms de certaines subventions au nom de la sécurité nationale.

En plein affrontement commercial, technologique et diplomatique entre Pékin et Washington, Huawei a dénoncé une décision "illégale" de la part de l'administration Trump, qui voit dans le leader mondial des équipements 5G un cheval de Troie du régime chinois.

"Huawei est une entreprise chinoise. C'est la seule excuse" de Washington pour poursuivre le groupe, a dénoncé devant la presse le chef des services juridiques du géant des télécoms, Song Liuping.

Lors d'une conférence de presse au siège du groupe à Shenzhen, dans le sud de la Chine, M. Song a annoncé le dépôt d'une plainte aux Etats-Unis contre sa mise à l'écart d'un fonds fédéral destiné à développer les infrastructures de télécommunications en zones rurales.

Huawei, ainsi que son compatriote ZTE, tous deux soupçonnés par Washington d'espionnage potentiel au profit de Pékin, ont été exclus le mois dernier d'un fonds de 8,5 milliards de dollars géré par la Federal Communications Commission (FCC).

Invoquant "une menace pour la sécurité nationale", la commission fédérale des communications a interdit aux opérateurs télécoms américains de recourir à son Fonds de service universel (USF) pour financer des équipements des deux entreprises chinoises.

Elle a également proposé "d'exiger des entreprises recevant des fonds de l'USF (...) qu'elles retirent et remplacent les équipements et services" qui auraient déjà été fournis par Huawei et ZTE.

Le président de la FCC, Ajit Pai, a justifié sa décision par le fait que Huawei et ZTE "ont des liens étroits avec le gouvernement communiste et l'appareil militaire chinois".

- Liste noire -

Huawei, numéro deux mondial du téléphone portable, est au coeur de l'affrontement technologique entre les deux géants du Pacifique. Notamment parce que le groupe, fondé par un ancien ingénieur de l'armée chinoise, Ren Zhengfei, est considéré comme incontournable pour la fourniture des équipements 5G, la cinquième génération de l'internet mobile.

M. Song a estimé que la décision de la FCC n'établissait pas que l'entreprise chinoise constituerait une menace pour la sécurité des Etats-Unis.

"Bannir une entreprise comme Huawei, simplement parce que nous avons démarré en Chine, ne résout pas les questions de cybersécurité", a-t-il déclaré.

Huawei a déjà porté plainte en mars dernier aux Etats-Unis contre la loi de finances du ministère américain de la Défense, qui interdit aux administrations d'acheter des équipements ou services fournis par le géant chinois.

Le département du Commerce avait par ailleurs placé en mai Huawei et ses filiales sur une liste noire d'entreprises interdites de faire du commerce avec des sociétés américaines.

Un coup très dur pour Huawei, qui dépend de la technologie américaine pour ses smartphones, notamment le système d'exploitation Android de Google.

Mais dur aussi pour les entreprises américaines pour qui Huawei est un gros client, ou pour les opérateurs qui comptent sur ses équipements pour installer la 5G.

Résultat, l'administration Trump a indiqué le mois dernier avoir commencé à donner un feu vert spécifique à des entreprises américaines désireuses de fournir des composants à Huawei, mais uniquement à celles exportant des produits non sensibles sur le plan de la sécurité nationale.

Ce nouveau répit de 90 jours est le troisième depuis mai. Il est justifié par le département du Commerce par le fait qu'il faut continuer de desservir des zones rurales les plus reculées des Etats-Unis qui risquent d'être privées de technologie mobile.

ZTE a pour sa part frôlé la faillite l'année dernière après que des entreprises américaines ont été empêchées de lui vendre des composants vitaux en raison de ses relations avec l'Iran et la Corée du Nord. Donald Trump est ensuite revenu sur sa décision et a permis à ZTE de reprendre ses importations mais à de strictes conditions.

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A Cannes, tapis rouge pour le "petit frère" du Bolchoï

Il n'est pas aussi connu que le Bolchoï, mais le Ballet Stanislavski, qui tente de sortir de l'ombre de son grand frère moscovite, n'en est pas moins fêté comme le gratin de Hollywood cette semaine à un festival de danse à Cannes.

Au Palais des festivals, plus habitué à recevoir les célébrités du cinéma, danseurs et ballerines russes ont investi les loges, se maquillant, ajustant leurs costumes ou s'échauffant la veille d'une représentation unique jeudi, après une petite pause sur la Croisette.

La troupe russe de 120 danseurs, qui crée l'évènement de cette édition 2019 du le Festival de Danse Cannes, est en France pour la première fois depuis 65 ans. Avec un Français à sa tête.

Depuis sa nomination il y a trois ans, l'ancien danseur étoile de l'Opéra de Paris Laurent Hilaire, l'un des plus brillants danseurs français de sa génération, a renouvelé le répertoire de la compagnie russe, la troisième après le Bolchoï et le Mariinski de Saint-Pétersbourg.

- "Une vraie richesse" -

"Un Français peut-il donner des leçons aux Russes?", se demandait à l'époque, circonspecte, la presse moscovite, dans un pays où rares sont les étrangers qui occupent des postes similaires.

Cette même presse aujourd'hui le loue pour avoir élargi un répertoire jugé en partie inadéquat. "L'idée est de redonner à cette compagnie une identité et sa place au milieu du paysage artistique, non seulement de la Russie, mais aussi dans le monde de la danse", affirme Laurent Hilaire, 57 ans.

"Le Stanislavski est à 500 mètres à vol d'oiseau du Bolchoï" mais "nous ne sommes pas en concurrence... on présente au public russe le plus large regard sur les chorégraphes d'aujourd'hui", précise l'artiste qui a introduit une quinzaine de chorégraphes au répertoire, de Jiri Kylian au Suédois Alexander Ekman, dans un pays où le public s'ouvre de plus en plus aux créations non classiques.

"C'est une vraie richesse", dit-il, tout en précisant vouloir préserver le répertoire à 70% classique de la troupe et l'emmener en tournée.

C'est d'ailleurs avec un grand classique, "Giselle", créé à Paris en 1841, que le Stanislavski revient en France, où la troupe retournera en avril au Théâtre des Champs-Elysées.

Laurent Hilaire est le deuxième Français à diriger une compagnie russe après Marius Petipa, un Marseillais qui a fait toute sa carrière dans la Russie impériale et à qui l'on doit tous les grands classiques, comme le Lac des Cygnes ou Casse-Noisette.

Hilaire a lui-même été nommé étoile par un autre Russe célèbre, Rudolf Noureev, après une représentation du Lac des Cygnes dans la version de Bourmeister... qui n'est autre que le chorégraphe emblématique du Stanislavski.

Dans le grand auditorium, la répétition est interrompue par un mélange de remarques en français, en russe et en anglais. Laurent Hilaire est assisté par une interprète, sous le regard de Brigitte Lefèvre, directrice du festival, qui a présidé pendant 20 ans aux destinées de la danse à l'Opéra.

- "Touche française" -

Pour celui qui a été aussi un maître de ballet d'une grande exigence à l'Opéra, la manière de s'adresser aux danseurs d'aujourd'hui a un peu changé, dans un milieu de plus en plus soumis la question du harcèlement moral.

"Cette manière rude de parler il y 30 ans, c'est quelque chose de dépassé et contreproductif. Aujourd'hui, les mentalités évoluent très vite; il faut accompagner (les artistes)", dit-il. "Après, un danseur doit aussi faire son travail. C'est un équilibre entre l'attention et l'exigence".

Son mot russe favori est "piatka" (talon), car dans l'école française prime le travail de bas de jambe, alors que le style russe est axé sur le haut du corps.

"C'est un tel privilège d'être dans ce Palais des festivals", affirme Dina Levin, une danseuse de 24 ans.

La ballerine se félicite de la "touche française" apportée par Laurent Hilaire. "Nous avons maintenant un mélange entre deux styles, le russe et le français. Ça donne quelque chose de beau et de très intéressant".

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