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"Gilets jaunes": Macron tente de reprendre la main au coeur de la tempête

Les corps intermédiaires le matin, puis "la Nation" toute entière: après un quatrième épisode de fronde des "gilets jaunes", Emmanuel Macron s'adresse lundi aux Français dans l'espoir de faire, enfin, déboucher la crise sur une phase de dialogue.

Le président, qui s'exprimera publiquement à 20H00, pour la première fois depuis plus d'une semaine, va présenter "des mesures concrètes et immédiates", a assuré dimanche la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Cette initiative, qu'il a été pressé de toutes parts de prendre, intervient au surlendemain de l'acte IV des "gilets jaunes", avec quelque 136.000 manifestants samedi, et aussi un nombre record d'interpellations, plus de 320 blessés et encore des dégâts dans de nombreuses villes, particulièrement à Paris, Bordeaux et Toulouse.

Le chef de l'Etat réunit auparavant, dès 10H00, les présidents des associations d'élus locaux, du Sénat Gérard Larcher, de l'Assemblée Richard Ferrand et du CESE Patrick Bernasconi, en même temps que les cinq syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC) ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P).

Refusant le "plan de communication", le syndicat Solidaires ne se rendra pas à la réunion, à laquelle participeront le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement.

"Le président de la République a souhaité réunir l'ensemble des forces politiques, territoriales, économiques et sociales dans ce moment grave que traverse la Nation, afin d'entendre leurs voix, leurs propositions et avec pour objectif de les mobiliser pour agir", a expliqué l'Elysée.

- "Le temps du dialogue" -

"C'est le temps du dialogue et des réponses de l'Etat à la France qui souffre dans le respect de l'ordre républicain et de nos institutions", a tweeté dimanche M. Larcher.

Les partenaires sociaux avaient été reçus le 30 novembre par Édouard Philippe, à qui ils avaient réclamé des mesures rapides et concrètes.

Vendredi, une première table ronde s'est tenue au ministère du Travail, pour donner le coup d'envoi de concertations organisées en parallèle de la consultation organisée auprès des Français du 15 décembre au 1er mars.

Lundi, l'un des objectifs du chef de l'Etat est de montrer le retour dans le jeu des corps intermédiaires.

Puis dans la soirée, Emmanuel Macron "s'adressera à la Nation" depuis le palais présidentiel, sous une forme que l'Elysée n'a pas encore détaillée.

Proche du Premier ministre Edouard Philippe, le maire de Bordeaux Alain Juppé a invité dimanche le président à "répondre concrètement à certaines attentes légitimes", à tenir "un discours d'autorité", mais aussi "de compréhension, d'empathie".

Sur le fond, Emmanuel Macron a jusqu'à présent affirmé qu'il entendait "changer de méthode" mais pas de "cap" économique. Des "macronistes historiques" militent pourtant pour un "tournant social" face aux "orthodoxes" budgétaires de Matignon et Bercy.

Un collectif de maires des Yvelines reçus vendredi à l'Elysée a également dit à M. Macron "que la méthode était catastrophique par rapport à l'objectif poursuivi depuis 2017", a indiqué leur porte-parole Karl Olive, maire LR de Poissy, qui "souhaite plus de justice et de justesse sociales".

- "La démocratie est fragile" -

Le député LREM Matthieu Orphelin a demandé au président d'"accélérer les réformes qui vont améliorer le quotidien des Français", en citant les retraites ou la précarité énergétique. Les ministres de Bercy, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, proposent aussi d'encourager les entreprises à verser à leurs salariés une prime exceptionnelle de fin d'année, qui serait exonérée d'impôt.

Alors que les revendications des "gilets jaunes", parties de la hausse des taxes sur le carburant, se sont rapidement étendues à la cause du pouvoir d'achat, un "coup de pouce" au SMIC, c'est-à-dire une augmentation du salaire minimum supérieure à l'indice de l'inflation, semble en tous cas exclu. Selon Mme Pénicaud, une telle mesure détruirait des emplois.

Dans l'opposition, la porte-parole des Républicains (LR) Laurence Sailliet réclame de ne pas "perdurer dans le déni et dans les explications complexes", sous peine de "se retrouver dans une situation dramatique".

Plus direct encore envers le chef de l'Etat, le député RN Gilbert Collard a estimé que si celui-ci "ne trouve pas la formule de reconnexion avec le peuple, ça va être (...) quasiment ingérable."

Samedi, le pouvoir est parvenu à enrayer l'escalade tant redoutée des violences, au prix toutefois d'une mobilisation policière rarement vue - et difficile à reproduire -, et de près de 2.000 interpellations, dont un grand nombre avant même les manifestations.

"Je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile", s'est inquiété dimanche le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, appelant "au ressaisissement".

Les inquiétudes montent aussi pour l'économie, et notamment pour le commerce à la veille des fêtes de fin d'année, même si les conséquences globales du mouvement sont encore difficiles à mesurer objectivement. Les estimations de la Banque de France sur la croissance du quatrième trimestre doivent en donner une première idée lundi.

Sur le terrain dimanche, des "gilets jaunes" moins nombreux ont encore maintenu des barrages, occupé des ronds-points, filtré le passage sur des routes et rendu gratuits des péages.

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"Gilets jaunes": les étapes d'une fronde inédite en France

Les étapes de la colère inédite des "gilets jaunes", mouvement né le 18 octobre sur les réseaux sociaux pour protester contre une hausse des carburants.

La fronde, qui exprime une large colère sociale, a fait quatre morts et plusieurs centaines de blessés depuis le 17 novembre.

- Vidéo accusatrice -

Dans une vidéo sur Facebook postée le 18 octobre, rapidement virale, une inconnue, Jacline Mouraud, interpelle "Monsieur Macron", dénonçant "la traque aux conducteurs". Une pétition "Pour une baisse des prix du carburant" cartonne sur internet.

- "Mobilisation générale" -

Le samedi 17 novembre, la première journée de blocages de routes rassemble en France près de 290.000 manifestants arborant un gilet jaune fluorescent, action organisée en dehors de tout parti ou syndicat.

Le lendemain, le Premier ministre Édouard Philippe assure que le gouvernement va "tenir" son cap.

L'île de La Réunion est secouée par une flambée de violence, due notamment à de jeunes casseurs.

- "Acte 2" -

Samedi 24 novembre, pour l'"acte 2" de leur mobilisation, plusieurs milliers de manifestants s'opposent durement aux forces de l'ordre sur les Champs-Élysées à Paris.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner blâme des "séditieux" de "l'ultra-droite".

Plus de 106.000 manifestants en France (dont 8.000 à Paris) sont recensés, bilan réévalué une semaine plus tard à 166.000.

- Rencontre avortée -

Le 27 novembre, Emmanuel Macron annonce vouloir adapter la fiscalité des carburants aux fluctuations de prix et organiser une "grande concertation" dans les territoires.

Pas convaincus, des "gilets jaunes" appellent à une nouvelle manifestation le 1er décembre sur les Champs-Élysées.

Le 29, Édouard Philippe reçoit un "gilet jaune". Le lendemain, deux autres répondent à son invitation, mais l'un d'eux repart aussitôt.

- "Acte 3" : chaos à Paris -

Samedi 1er décembre, la troisième grande journée de mobilisation donne lieu à de multiples violences, surtout à Paris, où l'Arc de Triomphe et plusieurs quartiers huppés connaissent des scènes de guérilla urbaine.

L'Intérieur recense 136.000 manifestants en France.

- Réunions de crise -

Dès son retour du G20 en Argentine, Emmanuel Macron convoque le 2 décembre une réunion de crise à l'Élysée.

Édouard Philippe reçoit le lendemain les chefs des partis politiques. Une réunion à Matignon avec des représentants des "gilets jaunes" est annulée, certains disant avoir reçu des menaces de mort.

Les blocages de routes, zones commerciales et dépôts pétroliers se poursuivent.

Porté par cette contestation, le mouvement lycéen contre les réformes dans l'Éducation nationale perturbe à partir du 3 décembre plusieurs dizaines de lycées chaque jour.

- Moratoire et concertation -

Le 4, Édouard Philippe annonce la suspension pour six mois de la hausse de la fiscalité sur les carburants et du durcissement du contrôle technique automobile, ainsi qu'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité "durant l'hiver".

La hausse de taxes sera même abandonnée si ne sont pas trouvées des mesures d'accompagnement efficaces, précise-t-il.

Les "gilets jaunes" appellent cependant à poursuivre les actions.

- Hausses de taxes "annulées" en 2019 -

Le 5, Emmanuel Macron fait savoir que les augmentations de taxes sur les carburants sont annulées pour 2019. Mais il s'oppose au rétablissement de l'Impôt sur la fortune (ISF).

Le 6, une vidéo virale d'une interpellation de masse de lycéens de Mantes-la-Jolie (Yvelines), à genoux et les mains sur la tête, provoque un tollé.

- "Acte 4": heurts à Paris et en province -

Le 7, des "gilets jaunes" dits "modérés", sont reçus à Matignon. Ils appellent à manifester pacifiquement et pas à Paris pour ne pas être assimilés à des "casseurs".

Le 8, malgré des appels au calme et un déploiement massif des forces de l'ordre, soutenues à Paris par des véhicules blindés, des heurts éclatent dans la capitale et en province.

A Paris, où les devantures de nombreux commerces sont protégées par des panneaux de bois, la tour Eiffel et le Louvre restent fermés, tout comme 36 stations de métro.

Près de 2.000 personnes sont interpellées en France, dont plus de 1.700 placées en garde à vue. Les heurts font 264 blessés dont 39 blessés parmi les forces de l'ordre. Quelque 136.000 manifestants ont défilé en France.

A Bruxelles aussi, plusieurs centaines de "gilets jaunes" sont arrêtés après des incidents.

Edouard Philippe déclare qu'il faut "retisser l'unité nationale" et qu'Emmanuel Macron proposera des "mesures" en ce sens.

Lundi, les partenaires sociaux, les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat ainsi que les associations d'élus seront reçus à l'Elysée.

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GB: semaine décisive pour Theresa May et l'accord de Brexit

Une semaine décisive s'ouvre lundi pour la Première ministre britannique Theresa May, qui tentera de sauver l'accord de Brexit menacé d'être retoqué lors d'un vote historique mardi au Parlement, mais aussi son avenir à Downing Street.

Les députés britanniques se prononceront mardi soir sur ce "Traité de retrait" de l'Union européenne, âprement négocié durant 17 mois avec Bruxelles, mais dont l'adoption semble très compromise en raison des multiples critiques dont il fait l'objet.

L'accord déçoit aussi bien les plus ardents "Brexiters", qui redoutent une forme d'amarrage permanent à l'UE, que les europhiles espérant encore pouvoir faire marche arrière.

Après trois premiers jours de débats devant la chambre des Communes la semaine dernière, le gouvernement conservateur devrait déployer d'ultimes efforts lundi et mardi pour tenter de convaincre les députés du bien-fondé du texte, mais les chances d'y parvenir semblent bien minces.

Dimanche encore, des responsables de tous bords ont appelé l'exécutif à revoir sa copie, et à relancer les négociations avec Bruxelles, où se rendra Theresa May en fin de semaine pour un sommet européen.

A moins d'un changement, "nous sommes déterminés à voter contre (...), à l'instar de nombreux collègues", a d'ores et déjà prévenu Nigel Dodds, député du petit parti nord-irlandais DUP, dont le soutien est indispensable aux conservateurs pour atteindre la majorité absolue.

- Négociations, élections, référendum? -

Boris Johnson, rival de Theresa May et ex-ministre des Affaires étrangères, a même proposé de mettre en balance une partie de la facture de divorce dont devra s'acquitter le Royaume-Uni en quittant l'UE, évaluée entre 40 et 45 milliards d'euros, comme levier dans de nouvelles négociations.

Inquiets devant la perspective d'un échec cuisant mardi, plusieurs ministres ont exhorté Theresa May à reporter le vote, rapportait la publication conservatrice The Spectator.

Car un rejet du texte pourrait exposer Theresa May à une motion de censure, et in fine à de nouvelles élections législatives.

"Le vote aura bien lieu (mardi), parce c'est un bon accord, et le seul accord", a toutefois assuré dimanche le ministre du Brexit Stephen Barclay, sur la BBC, soulignant qu'une éventuelle réouverture des négociations avec l'UE n'était pas sans risque. "Les Français, les Espagnols et d'autres réclameront (eux aussi) davantage", a-t-il dit.

Anticipant un vote pour le moins compliqué, Theresa May a mis en garde contre les conséquences que pourrait avoir un rejet du traité. "Cela signifierait", a-t-elle déclaré dans le Mail on Sunday, "une grave incertitude pour le pays, avec un risque très réel de ne pas avoir de Brexit, ou de quitter l'Union européenne sans accord".

Ce maintien dans le club européen évoqué par la dirigeante pourrait découler d'un nouveau référendum sur l'UE, une hypothèse exclue à ce stade par le gouvernement mais qui gagne du terrain au Royaume-Uni, et qu'un rejet de l'accord pourrait pousser un peu plus.

- Le Labour dans les starting-blocks -

S'adressant plus particulièrement aux parlementaires conservateurs prêts à enterrer le traité, la Première ministre a également agité la menace de nouvelles législatives, et d'une éventuelle victoire de Jeremy Corbyn, le chef du Labour, principal parti d'opposition.

Les travaillistes sont "prêts" à former un gouvernement, a assuré dimanche un responsable travailliste, le député Jon Trickett, sur Sky News. "Cela pourrait se produire dès mercredi matin, afin de commencer à relancer les négociations" avec Bruxelles, a-t-il dit.

Les Britanniques étudieront par ailleurs avec attention l'arrêt que rendra lundi la Cour de justice de l?Union européenne, qui dira si le Royaume-Uni peut oui ou non décider seul de renoncer à quitter l'UE.

La Cour, qui siège à Luxembourg, a été saisie par la justice écossaise, qui lui demande si le Royaume-Uni a le droit de révoquer de manière unilatérale son initiative de retrait de l'UE. La semaine dernière, l'avocat général, dans un avis n'engageant pas la Cour, avait proposé de répondre par l'affirmative.

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Belgique: le gouvernement Michel se déchire sur la migration, fin de la coalition

Le Premier ministre belge Charles Michel a pris dimanche la tête d'un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d'une divergence profonde sur le Pacte de l'ONU sur les migrations.

Ces démissions ont été "acceptées" par le roi des Belges à l'issue d'une rencontre avec M. Michel, venu lui présenter le nom des ministres qui héritent des portefeuilles vacants (Intérieur, mais aussi Finances, Défense et Migration).

"Je regrette qu?on en soit arrivé là", a déclaré le Premier ministre sur la télévision RTL-TVI.

L'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon, issu de l'Alliance néoflamande (N-VA, nationalistes flamands), avait confirmé dimanche matin sur la télévision publique RTBF que lui-même et les autres ministres de son parti allaient démissionner.

"C'est clair, c'est net", avait-il dit, mettant fin à plusieurs heures d'incertitude depuis samedi soir.

Avec le départ de la N-VA, poids lourd de la coalition belge, Charles Michel, un libéral, prend la tête d'un gouvernement de centre droit sans majorité au Parlement, à cinq mois des prochaines élections législatives prévues fin mai.

"C'est une coalition responsable (...) qui se met en place", a-t-il promis, appelant au "dialogue avec le parlement" car des élections anticipées "risqueraient bien de bloquer le pays pendant un an".

Il a fixé en conférence de presse ses trois priorités: le pouvoir d'achat, la sécurité et la politique climatique --sur laquelle il dit répondre à un "appel fort" des citoyens.

- "C'est le chaos" -

Le gouvernement a souvent tangué depuis quatre ans en raison des prises de positions jugées radicales de la N-VA sur la migration.

L'actuelle ministre de la Santé, Maggie De Block, qui hérite de ce portefeuille jusqu'alors détenu par Theo Francken, a promis de défendre "une politique à nouveau stricte, mais juste".

"Je récupère aujourd'hui un département en crise. C'est le chaos", a-t-elle souligné dans un communiqué.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, avait lancé samedi soir, après un conseil des ministres de la dernière chance, un ultimatum à M. Michel, laissant entendre que son parti s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver le Pacte de l'ONU sur les migrations.

"Je prends (...) acte ce soir que la N-VA quitte la majorité", lui avait répondu M. Michel, répétant sa ferme intention de représenter la Belgique au Maroc comme "chef de gouvernement".

"Sur ce sujet, il y a une différence profonde", a encore insisté dimanche M. Michel. Selon lui, ce Pacte est "important" car "aucun pays ne peut résoudre cette question seul".

La N-VA était le seul des quatre partis de la coalition opposé à ce texte onusien, qui doit être approuvé lundi et mardi au Maroc par les pays de l'ONU, avant d'être ratifié lors d'un vote au siège des Nations Unies à New York le 19 décembre.

Le pacte avait initialement fait l'objet d'un consensus gouvernemental, avant que la N-VA ne change d'avis fin octobre.

- "Pacte avec le diable" -

La crise belge, latente depuis plusieurs semaines, a éclaté mardi soir, quand le Premier ministre a annoncé son intention de se tourner vers le Parlement, faute d'unanimité au sein de son gouvernement.

Une large majorité droite/gauche s'est dégagée deux jours plus tard en plénière à la Chambre en faveur du gouvernement, isolant la N-VA au côté du parti d'extrême droite Vlaams Belang.

Ce parti anti-immigration a d'ailleurs tenu samedi un meeting à Bruxelles avec Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, pour dénoncer ce Pacte, brandi comme épouvantail par les populistes dans l'UE à l'approche des élections européennes en mai prochain.

"Le pays qui signera ce pacte (...) signera un pacte avec le diable", avait affirmé la dirigeante française.

Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.

L?Italie, l?Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l?Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech.

Les Etats-Unis s?étaient retirés de son élaboration en décembre dernier.

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Législatives en Arménie : le Premier ministre a largement remporté son pari

La coalition menée par le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a triomphé dimanche aux élections législatives anticipées, convoquées par le dirigeant réformateur pour renforcer son pouvoir quelques mois après son arrivée à la tête du pays grâce à un soulèvement populaire.

Selon un décompte portant sur 90% des bureaux de vote, le bloc dirigé par le parti Contrat Civil de M. Pachinian a obtenu 70,45% des votes, a annoncé la Commission électorale centrale. Le parti Arménie prospère arrive en deuxième position avec 8,37% des suffrages.

Nikol Pachinian, un ancien journaliste de 43 ans, est arrivé au pouvoir en Arménie en mai dernier après avoir mené pendant plusieurs semaines des manifestations massives contre le gouvernement alors au pouvoir depuis plus de dix ans.

Mais M. Pachinian ne contrôlait pas le Parlement, encore largement acquis au Parti républicain de l'ex-président Serge Sarkissian, raison pour laquelle, bloqué dans ses réformes, il aspirait à organiser des élections anticipées.

Mi-octobre, Nikol Pachinian a réussi une man?uvre politique en annonçant sa démission, puis en se mettant d'accord avec les députés pour qu'ils échouent deux fois consécutivement à élire un nouveau chef de gouvernement: un prétexte pour la dissolution du Parlement et la convocation d'élections législatives anticipées.

Les prochaines élections législatives dans cette ex-république soviétique du Caucase du Sud n'étaient jusqu'alors prévues qu'en 2022.

"Après les élections, nous développerons la démocratie en Arménie et ferons une révolution économique", a déclaré M. Pachinian aux journalistes après avoir glissé son bulletin dans l'urne à Erevan, promettant des élections "libres, équitables et transparentes".

Dans un bureau de vote du centre de la capitale, les électeurs exprimaient leur optimisme à l'égard du changement promis par M. Pachinian et ne cachaient pas leur colère face aux anciens responsables soupçonnés de corruption.

"Grâce à la révolution, nous allons enfin avoir des élections équitables. J'ai voté pour les changements positifs promis par Nikol (Pachinian)", explique à l'AFP une retraitée de 72 ans, Parzik Avetissian.

"Je veux que soient mis en prison tous ces responsables corrompus qui depuis des années volaient et humiliaient les gens", affirme Garnik Arakelian, un peintre de 52 ans.

- "Position dominante" -

M. Pachinian, qui a lancé depuis son arrivée au pouvoir une croisade tous azimuts contre la corruption - de l'armée ou des douanes jusqu'aux écoles -, prône une "révolution économique" dans un pays où quelque 30% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon les statistiques officielles.

Côté politique, le leader de la "révolution de velours" arménienne promet de "sceller davantage l'alliance stratégique avec la Russie et en même temps de renforcer la coopération avec les Etats-Unis et l'Union européenne".

Selon les analystes, M. Pachinian, considéré comme un héros national pendant les protestations antigouvernementales du printemps, a déployé tous ses efforts pour organiser ces élections anticipées alors qu'il est au sommet de sa popularité.

"Le parti de Pachinian va probablement (...) avoir tous les leviers nécessaires pour accélérer les réformes économiques et politiques promises", indique à l'AFP l'analyste Guevorg Pogossian.

En septembre, le bloc de Nikol Pachinian a déjà remporté une victoire écrasante aux élections municipales d'Erevan, en recueillant plus de 80% des voix dans la capitale arménienne où habite environ 40% de la population.

"Les élections ont été convoquées dans la vague d'une euphorie révolutionnaire", selon M. Pogossian. "Mais après le scrutin, ce sentiment va inévitablement s'amenuiser, et Pachinian et son équipe devront faire face à la réalité", assure-t-il.

Neuf partis politiques et deux blocs électoraux étaient en lice pour les 101 sièges au Parlement arménien.

Selon la législation arménienne, un parti a besoin de recueillir au moins 5% des voix des électeurs pour pouvoir siéger au Parlement, alors qu'un bloc électoral doit franchir la barre de 7%.

Une fois passés au Parlement, les partis d'opposition doivent cependant y avoir - en vertu de la loi arménienne - au moins 30% des sièges, même s'ils ont enregistré des résultats inférieurs à ce chiffre.

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Violences sexuelles: les lauréats du Nobel veulent la fin de l'impunité

Les lauréats du Nobel de la paix, le médecin congolais Denis Mukwege et la Yazidie Nadia Murad, ex-esclave des jihadistes, ont dit dimanche espérer que ce prix contribuerait à lever l'impunité des auteurs de violences sexuelles.

Le gynécologue de 63 ans et la jeune Irakienne de 25 ans vont recevoir lundi à Oslo un Nobel qui leur a été attribué conjointement début octobre pour leur lutte contre le viol en tant qu'"arme de guerre".

"Ce prix Nobel ne fera pas disparaître les violences, ni les attaques sur les femmes, les femmes enceintes, les enfants, les bébés", a déclaré Nadia Murad à la presse à la veille de la cérémonie.

"Mais notre objectif, c'est que ce prix ouvre des portes et c'est déjà le cas", a-t-elle ajouté.

Comme des milliers de femmes yazidies, Nadia Murad a été enlevée, violée, torturée et échangée par les jihadistes du groupe État islamique (EI) après leur offensive contre cette communauté kurdophone du nord de l'Irak en 2014.

Ayant réussi à s'évader, la jeune femme - dont la mère et six frères ont été tués - se bat aujourd'hui pour que les persécutions des siens soient reconnues comme génocide.

"Aucun membre de l'État islamique n'a été traduit en justice. Ils ne sont plus en Irak mais nous voyons que les viols se poursuivent en tant qu'arme de guerre", a-t-elle souligné. "Il faut vraiment que justice soit faite à un moment ou un autre".

Si 4.300 Yazidies se seraient échappées ou auraient été rachetées à l'EI, 2.500 seraient encore "disparues", selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

Une équipe de l'ONU doit, selon son chef, commencer à enquêter sur les exactions des jihadistes en Irak début 2019.

Denis Mukwege soigne quant à lui depuis deux décennies les victimes de violences sexuelles dans l'hôpital de Panzi qu'il a fondé à Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), une région en proie aux violences chroniques.

"La dénonciation ne suffit plus, il est temps d'agir, a-t-il dit lors de la conférence de presse. "Dans les conflits armés, (...) la transformation de corps de femmes en champ de bataille est tout simplement un acte inadmissible à notre siècle".

"L'homme qui répare les femmes" - titre d'un documentaire qui lui a été consacré - dit souhaiter que ce Nobel "ne soit pas considéré comme une victoire en soi" mais plutôt "comme le début d'un combat contre un mal qui ronge notre société: la violence faite aux femmes dans les conflits".

Le prix consiste en une médaille d'or, un diplôme et un chèque de 9 millions de couronnes suédoises (872.000 euros).

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Carlos Ghosn inculpé au Japon pour dissimulation de revenus, Nissan aussi

Trois semaines après son arrestation surprise à Tokyo, Carlos Ghosn a été inculpé lundi pour dissimulation de revenus sur cinq ans, ont rapporté lundi des médias japonais.

Il est arrivé dans l'archipel le 19 novembre à bord de son jet privé, tout-puissant patron de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors.

En l'espace de quelques minutes, son sort a basculé: interpellé par des enquêteurs du parquet sur des soupçons de malversations, le dirigeant âgé de 64 ans a aussitôt été envoyé dans une cellule d'un centre de détention du nord de la capitale. Quelques jours plus tard il était limogé de la présidence des conseils d'administration de Nissan et Mitsubishi Motors, sans un mot ou presque pour celui qui les avait naguère sauvés de la débâcle.

Lundi, le bureau des procureurs a décidé de le mettre en examen pour avoir omis de déclarer aux autorités boursières environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) de revenus sur cinq années, de 2010 à 2015, selon l'agence Kyodo et la chaîne publique NHK. Son bras droit Greg Kelly, arrêté en même temps que lui, a aussi été inculpé.

Nissan est également poursuivi en tant qu'entité morale, ont ajouté les deux médias, le parquet jugeant que la responsabilité de l'entreprise était aussi engagée, car c'est elle qui a remis les rapports incriminés aux autorités boursières.

- "Combatif" -

L'enquête ne s'arrêtera vraisemblablement pas là. Car les procureurs ont l'intention, selon les mêmes médias, de requérir un nouveau mandat d'arrêt contre M. Ghosn, pour le même motif mais sur une période plus récente, allant de 2015 à 2018, pour un montant de 4 milliards de yens.

Le cas échéant, cela relancerait une procédure de garde à vue pouvant durer 22 jours à partir de lundi, soit au-delà de Noël.

Mais ça n'en sera alors probablement pas encore fini: le parquet pourrait se pencher sur de possibles abus de biens sociaux que Nissan reproche à son ancien patron, tels que l'usage de résidences de luxe aux frais du groupe.

A ce sujet, le constructeur a indiqué dans un communiqué avoir fait appel d'une décision d'un tribunal brésilien autorisant à des représentants de M. Ghosn l'accès à un appartement situé à Rio de Janeiro, "afin d'empêcher la destruction de preuves éventuelles".

Dans cette affaire, les rumeurs, spéculations, scénarios sont nombreux, et la parole officielle rare si ce n'est, au tout début, celle du patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, qui a d'emblée lâché son ancien mentor.

Les procureurs ont pour l'instant communiqué a minima et la défense de Carlos Ghosn, menée par Motonari Ohtsuru, un ex-procureur spécialiste des grandes affaires financières, ne s'est pas publiquement exprimée.

Tout juste sait-on que "le suspect Ghosn", comme l'a rebaptisé la presse nippone, nie toute malversation. "Il est dans un état d'esprit vaillant et combatif", souffle-t-on au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt près de Paris, malgré les conditions spartiates de l'établissement où le Franco-libano-brésilien est détenu. Il se dit bien traité, reçoit la visite des ambassadeurs de France, du Liban et du consul du Brésil, et s'occupe à lire livres et magazines quand il n'est pas interrogé par les enquêteurs.

Au cours des auditions, réalisées en anglais et enregistrées selon le quotidien Asahi Shimbun qui avait révélé l'affaire, M. Ghosn aurait reconnu avoir signé des documents mentionnant des paiements qu'il était censé percevoir au moment de quitter le groupe, a rapporté l'agence de presse japonaise Kyodo. Mais il assure que ces montants n'étaient pas définitivement établis et n'avaient donc pas à être inclus dans les rapports publics de Nissan.

- "Le diable" Renault -

Selon une source proche des investigations, ce système a démarré après l'entrée en vigueur d'une loi imposant aux administrateurs les mieux payés de divulguer leurs rémunérations. Le but de M. Ghosn aurait été d'éviter les critiques des actionnaires et employés.

Quelle que soit son issue judiciaire, l'affaire laissera des traces dans l'alliance Renault-Nissan née en 1999 et devenue, avec l'apport de Mitsubishi Motors en 2016, le premier ensemble automobile mondial.

Chez Nissan, la mise à l'écart de M. Ghosn a comme libéré la parole et les frustrations ont éclaté au grand jour, transpirant dans les médias japonais où "M. Ghosn et l'Etat français (actionnaire de Renault) sont le diable", résume un analyste du secteur, Takaki Nakanishi. On voit là, dit-il, l'opportunité de "re-japoniser" le groupe et de revoir les termes du partenariat.

A l'inverse, chez Renault, qui possède 43% de Nissan et dont M. Ghosn reste le PDG, c'est toujours l'incrédulité qui domine, la "stupeur", et "des messages de soutien, de respect et même d'affection" lui ont été adressés par la direction, fait-on savoir au siège.

Le constructeur français regrette de n'avoir toujours pas pu obtenir de son partenaire japonais une transmission, d'avocat à avocat, de la totalité des pièces à charge. Selon une source proche du dossier, Nissan est cependant "disposé à le faire dès que possible", cette semaine a priori, "une fois l'inculpation prononcée".

Au Liban aussi, l'interpellation du magnat, symbole de la réussite de la diaspora libanaise, a laissé pantois. "Le phénix libanais ne sera pas brûlé par le soleil du Japon", a même lancé le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, tandis que des portraits de l'homme d'affaires s'affichaient dans les rues de Beyrouth, barrés du slogan: "Nous sommes tous Carlos Ghosn".

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Le Pacte sur les Migrations adopté lundi à Marrakech, malgré les tensions

Des représentants de plus de 150 pays se réunissent lundi à Marrakech, au Maroc, pour approuver le Pacte mondial sur les Migrations piloté par l'ONU, un texte qui polarise les critiques des nationalistes et des anti-migrations.

C'est par un simple coup de marteau que le texte destiné à renforcer la coopération internationale pour une "migration sûre, ordonnée et régulière" sera adopté lundi matin après proclamation orale, selon les informations diffusées par l'ONU à Marrakech.

Sans vote ni signature, la conférence intergouvernementale de Marrakech devait être une simple étape formelle du processus, avant un ultime vote de ratification le 19 décembre à l'Assemblée générale de l'ONU. Mais le sujet déchaînant les passions, une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur décision.

"Il est étonnant qu'il y ait eu autant de désinformation à propos de ce que le Pacte est et de ce qu'il dit (...), il ne crée aucun droit de migrer, il ne place aucune obligation sur les Etats", a martelé Louise Arbour, la représentante spéciale de l'ONU pour les migrations, dimanche soir au cours d'une conférence de presse à Marrakech.

- Non contraignant -

Un total de 159 des 193 pays membres de l'ONU ont confirmé leur présence à Marrakech. Une centaine seront représentés au niveau des chefs d'Etat, chefs de gouvernement ou ministres, ce qui selon Louise Arbour, "correspond tout à fait à la moyenne".

Non contraignant, le Pacte recense des principes - défense des droits de l'homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale - et liste des propositions pour aider les pays à faire face aux migrations - échanges d'information et d'expertises, intégration des migrants. Il interdit les détentions arbitraires, n'autorisant les arrestations qu'en dernier recours.

Les défenseurs des droits de l'Homme le trouvent insuffisant, notamment sur l'accès des migrants à l'aide humanitaire et aux services de base ou sur les droits des travailleurs migrants. Ses détracteurs le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrôlé.

Les Etats-Unis, qui s'étaient retirés de l'élaboration du texte en décembre 2017 en le jugeant contraire à la politique d'immigration du président Donald Trump, ont lancé vendredi une nouvelle salve contre le Pacte et contre toute forme de "gouvernance mondiale".

"Les décisions sur la sécurité des frontières, sur qui est admis à résider légalement ou à obtenir la citoyenneté, figurent parmi les plus importantes décisions souveraines qu'un pays peut prendre", a fustigé la mission diplomatique américaine à l'ONU dans un communiqué.

Les Etats-Unis ont été particulièrement actifs au cours des derniers mois pour partager leur conception du Pacte avec plusieurs pays signataires, notamment en Europe, selon des diplomates de l'ONU.

A ce stade, neuf pays se sont retirés du processus après avoir approuvé le texte le 13 juillet dernier à New York - Autriche, Australie, Chili, République tchèque, République dominicaine, Hongrie, Lettonie, Pologne et Slovaquie - et sept ont souhaité plus de consultations internes - Belgique, Bulgarie, Estonie, Israël, Italie, Slovénie et Suisse -, selon Louise Arbour.

A Ottawa, des échauffourées ont opposé samedi des groupes pro-immigration et des militants de droite opposés à l'adhésion au Pacte. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, lui, entend bien le signer: "Accueillir les gens venus du monde entier grâce à un système d'immigration rigoureux est ce qui a fait du Canada un pays fort, et c'est quelque chose dont le monde a toujours davantage besoin", selon lui.

- Absence de Macron -

Egalement favorable au texte, la chancelière allemande Angela Merkel est arrivée au Maroc dimanche. Les chefs des gouvernements espagnol, grec, danois, portugais et belge ont confirmé leur venue.

Mais la décision du Premier ministre belge Charles Michel de se rendre à Marrakech a fait exploser sa coalition gouvernementale avec les nationalistes flamands du N-VA, après plusieurs jours de bras de fer.

Ce parti anti-immigration a tenu samedi un meeting à Bruxelles avec Marine Le Pen, patronne de l'extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, pour dénoncer le Pacte, brandi comme épouvantail par les populistes à travers l'UE à l'approche des élections européennes en mai prochain.

Le président français Emmanuel Macron a décidé de déléguer à Marrakech le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne, alors que le sujet suscite l'opposition de la droite, de l'extrême droite mais aussi de certains "gilets jaunes", ces Français qui manifestent depuis trois semaines dans les rues contre la politique fiscale et sociale.

Il y a environ 258 millions de personnes en mobilité et migrants dans le monde, soit 3,4% de la population mondiale.

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Libertadores: River vient à bout de Boca, finale aseptisée à Madrid

Une finale éternelle... qui s'est éternisée: au bout de l'attente, River Plate a renversé son rival Boca Juniors dimanche (3-1 après prolongation) pour s'adjuger sa quatrième Copa Libertadores. Et aucun incident n'a terni cette rencontre aseptisée, organisée à Madrid après des violences en Argentine.

Un mois après des pluies diluviennes ayant perturbé la finale aller (2-2), deux semaines après des débordements et le report de la finale retour, le "superclasico" de Buenos Aires a fini par trouver son dénouement au stade Santiago-Bernabeu: en prolongation, le Colombien Juan Fernando Quintero (109e) et Pity Martinez (120e+2) ont sacré River, alors que Boca jouait en infériorité numérique après l'exclusion de Wilmar Barrios (91e).

Mais est-ce vraiment fini ? Il pourrait y avoir une troisième manche juridique puisque le Tribunal arbitral du sport (TAS) a été saisi par Boca, qui a réclamé de l'emporter sur tapis vert après l'attaque de son autocar par des ultras de River le 24 novembre.

En attendant, ce dénouement sportif met un terme à un long feuilleton qui a durablement entaché l'image de l'Argentine, apparue incapable d'organiser sur son sol la "finale du siècle" entre les deux clubs les plus populaires du pays.

En attendant de disputer le Mondial des clubs (12-22 décembre) et peut-être d'y croiser le Real Madrid, River Plate pouvait savourer cette quatrième couronne continentale qui le rapproche de son voisin et rival de Boca (6 titres). Et la fête s'annonçait délirante à Buenos Aires comme sur la Puerta del Sol, grande place du centre de Madrid.

- Messi et Griezmann présents -

Habitué à plus de pondération, le vénérable stade Bernabeu a retenti dimanche d'une ferveur bouillonnante et bon enfant, entre tambours, chants, confettis et ballons de baudruche multicolores.

Rien n'est venu gâcher la fête, même si l'enceinte de 81.000 places sonnait un peu creux en raison du prix élevé des places et des vols transatlantiques: seulement 62.200 spectateurs étaient présents.

Parmi eux, des grands noms de la planète foot: l'entraîneur de l'Atlético Madrid Diego Simeone, le milieu offensif colombien James Rodriguez... mais aussi et surtout l'astre argentin Lionel Messi, venu de Barcelone, et l'attaquant français Antoine Griezmann, revêtu d'un maillot de Boca et qui s'est pris au jeu du "superclasico".

Le spectacle n'a pas été toujours à la hauteur de l'effervescence suscitée par la rencontre. Beaucoup de fautes, de tacles, de heurts, de dégagements à l'emporte-pièce, de contrôles approximatifs...

Seuls les buts, signés Dario Benedetto (44e) pour Boca puis Lucas Pratto (68e) pour River ont fait rugir les supporters, jusqu'à la frappe limpide de l'ancien Rennais Quintero, entrée avec l'aide de la transversale (109e). Puis Martinez (120e+2) a scellé le score en contre alors que le gardien de Boca était monté.

Ces moments de joie pure ont peut-être été les seuls dignes de la ferveur d'un superclasico: voilà le principal regret à avoir dans cette soirée trop lisse pour être digne des fervents supporters argentins, attristés d'avoir été dépossédé de "leur" match.

- Finale sans histoires -

Autour du stade aussi, cette finale historique a été finalement sans histoires.

Dans le calme, les "hinchas" (supporters) se sont rassemblés au sein des deux fans-zones établies sur le Paseo de la Castellana, grande artère madrilène qui était fermée à la circulation dimanche, dans une ambiance familiale avec poussettes et bambins.

Pour cette rencontre classée à "haut risque", les autorités espagnoles avaient déployé un dispositif sans précédent avec quelque 4.000 policiers et agents privés. Et après les incidents du 24 novembre autour du stade de River, les deux équipes ont pu cette fois accéder au stade "sans aucun incident", s'est félicité la police espagnole.

Les services de secours n'ont fait état, à 20h00 (19h00 GMT), que de quelques prises en charge médicales bénignes, mis à part un supporter âgé de 68 ans victime d'un arrêt cardio-respiratoire en pleine rue et transféré à l'hôpital.

Quant aux "barras bravas", ces groupes d'ultras redoutés par les clubs eux-mêmes, ils n'ont semble-t-il pas fait parler d'eux. Les autorités avaient promis de renvoyer vers l'Argentine les supporters ayant des antécédents graves.

Cette finale sans heurts est au passage une victoire pour l'Espagne, qui a saisi l'opportunité de montrer son savoir-faire dans l'organisation de rencontres sportives risquées. De quoi marquer des points dans l'optique d'une possible candidature conjointe pour l'organisation du Mondial-2030 avec le Maroc et le Portugal. Un tournoi que brigue aussi... l'Argentine.

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Australie: du rififi dans le désert avec les boxeurs itinérants

Devant le ring inondé de lumière, Fred Brophy frappe sur un tambour pour réclamer l'attention de la foule, gagnée soudain par le silence dans l'attente d'autres coups, ceux du combat de boxe pour lequel elle est venue.

Avec son chapeau de cowboy et sa chemise rouge vif, le visage tanné par le soleil, ce grand gaillard de 67 ans porte beau en Monsieur Loyal.

Brophy dirige une troupe de boxe, la dernière en Australie et l'une des rares à subsister dans le monde. Ils voyagent d'une ville à l'autre dans l'Outback australien, où il y a toujours quelqu'un prêt à venir se battre sur le ring pour affronter les boxeurs.

"Je fais ça depuis l'âge de cinq ans, je suis né dedans", explique à l'AFP Brophy avec son lourd accent australien, lors de son passage à Birdsville, une ville de l'intérieur de ce vaste pays-continent située à quelque 1.500 km à l'ouest de Brisbane.

Avoir sa propre troupe, c'est une tradition familiale, dit-il. "Mon père en avait une. Mon grand-père en avait une. Mon arrière-grand-père en avait une. Donc moi, j'en ai une."

Brophy et sa troupe font chaque année le pèlerinage dans cette ville reculée, où plus de 6.000 personnes viennent de toute l'Australie, au prix de plusieurs jours voire semaines de voyage, assister à des courses hippiques centenaires qui durent deux jours.

Les amateurs de courses passent la journée couverts de poussière et de mouches, cannettes de bière à la main. Le soir, ils viennent sous la grande tente de Brophy, en quête de nouvelles émotions.

- Les héros du coin -

Dans les années 1930 et 1950, ces tentes de boxe étaient coutumières dans les foires et les expositions agricoles des principales villes, raconte l'auteur australien spécialisé Grantlee Kieza.

Cela permettait aux boxeurs débutants, en particulier ceux venus de familles pauvres, d'apprendre à ajuster leurs coups devant une foule tapageuse, d'empocher un peu d'argent et de devenir les héros du coin.

Ces troupes ont servi de pépinières pour des boxeurs aborigènes célèbres comme Jack Hassen, George Bracken et Tony Mundine. L'une des plus connues était celle de Jimmy Sharman. Mais, depuis, le public a déserté et d'autres loisirs attirent les spectateurs.

"Cette sorte de sport masculin à la dure a commencé à perdre en popularité", explique Grantlee Kieza à l'AFP. Des exigences en matière de santé et de sécurité ont conduit la plupart des Etats et territoires à interdire ce type de spectacles, hormis dans le Queensland et le Territoire du Nord.

Fred Brophy, lui, a refusé de jeter l'éponge. Son statut d'espèce en voie de disparition lui vaut même d'attirer beaucoup d'amateurs et d'aspirants bagarreurs quand il arrive, tambour à la main.

"C'est une sorte de transfert de l'époque du Far West, n'est-ce pas, l'idée d'une tente sous laquelle on boxe... Cela convient bien à l'image Western du Queensland rural", dit Grantlee Kieza.

Brophy est tout heureux d'incarner à sa manière l'aventurier de cinéma "Crocodile Dundeee". Il dit avoir reçu des blessures par balle, eu des doigts coupés et perdu des dents sous les coups, mais il continue.

"C'est australien à 100%. C'est ce qu'aiment les Australiens. C'est notre façon de nous amuser", assure-t-il à l'AFP.

"Si vous avez une donzelle qui vous regarde, vous vous battez encore mieux", s'amuse-t-il. "Si vous gagnez, vous gagnez la fille."

- Pas de politiquement correct -

Sous sa tente, le politiquement correct n'a pas sa place. Un boxeur asiatique est surnommé "Baguettes". Les haut-parleurs crachent à plein volume des classiques populaires comme "Down Under" du groupe australien Men at Work évoquant un pays où les "femmes rayonnent et les hommes pillent".

Les spectateurs, chapeaux de cowboy sur la tête, se serrent sur de longs bancs alignés autour du ring. Une politicienne anti-immigration, Pauline Hanson, devenue une habituée de Birdsville, est invitée à brandir les pancartes sur le ring sous les acclamations du public.

Il y a aussi "La Garce" et "Le Castor". De son vrai nom Brettlyn Neal, "Le Castor" a décroché son job en 2010 - elle avait alors 25 ans - en levant la main pour combattre "La Garce", l'une des boxeuses de Brophy.

Pour "Le Castor", la tente sert avant tout de lieu de spectacle et de loisirs dans des lieux isolés.

"La première chose qui compte, c'est de faire en sorte que nous présentions un spectacle, que la foule l'applaudisse ou le hue", confie-t-elle à l'AFP après avoir affronté ensemble deux jeunes femmes qui l'ont défiée, suscitant l'enthousiasme sous la tente bondée.

Une autre femme venue combattre contre elle, Leonie Hurst, explique qu'elle tenait à tenter l'expérience. Dans l'esprit irrévérencieux de la tente, elle porte un T-shirt à fleurs vert durant son combat avec "Le Castor".

"C'est vraiment bien de participer, mais vraiment stressant aussi", remarque-t-elle. "On entre sur le ring, on oublie tout ce qu'on a appris mais ça reste quand même super".

"Pour le mal de tête, on verra ça demain".

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