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Face aux Français, Macron lance l'acte II de son quinquennat

Moment de vérité pour Emmanuel Macron: le chef de l'Etat livre jeudi devant la presse ses réponses au grand débat, pour tenter d'éteindre la crise des "gilets jaunes" et relancer son quinquennat à un mois des élections européennes.

A 18H00, le chef de l'Etat prendra place face à plusieurs centaines de journalistes dans la salle des fêtes de l'Elysée pour y dévoiler les enseignements tirés du grand débat qu'il avait lancé le 15 janvier.

Emmanuel Macron devait s'adresser aux Français le 15 avril mais l'incendie de Notre-Dame l'a contraint à reporter son allocution.

Entretemps, des fuites dans les médias l'ont privé de l'effet de surprise et obligé à revoir son plan de communication.

Il débutera la conférence de presse, retransmise par les principales chaînes de télévision et de radio, par une déclaration d'une vingtaine de minutes qui "donnera des perspectives et un cap", selon l'Elysée. Puis il entrera dans le détail des mesures en répondant aux questions des journalistes français et étrangers.

Il devrait ainsi préciser les conditions de baisses d'impôts pour les classes moyennes, de réindexation des retraites inférieures à 2.000 euros ou la promesse de ne pas fermer d'écoles ou d'hôpitaux jusqu'à la fin du quinquennat.

- Gouvernement mobilisé -

Des clarifications sont également attendues sur un possible allongement de la durée du travail pour financer la dépendance et le grand âge.

Le Haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye a cependant affirmé mercredi que l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans, "ne changera pas". Tout en précisant que "l'intérêt de l'équilibre du système" est un départ "à 63-64 ans".

Des éclaircissements sont également escomptés sur le projet de supprimer l'Ecole nationale d'administration (ENA) pour diversifier les recrutements dans la haute fonction publique.

"Est-ce qu'il faut supprimer l'ENA peut-être, est-ce qu'il faut la réformer sûrement, (...) mais est-ce une priorité, sûrement pas", a attaqué mercredi soir le patron des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, évoquant sa crainte d'"un joli rideau de fumée" en "sortie du grand débat".

Emmanuel Macron est en outre appelé à expliciter ses intentions sur la décentralisation, les référendums locaux ou la transition écologique.

Avec cette conférence de presse, il va pouvoir "aller au fond des choses, à un moment donné où il semble être un peu au dos du mur", estime Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande.

Mais "sa capacité à être le meilleur joueur à Questions pour un champion ne nous intéresse pas tellement", ajoute-t-il, alors que le chef de l'Etat a participé à plus de 90 heures de débats à travers la France.

- Scepticisme -

Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes, souhaite que ce rendez-vous "soit un tournant dans ce quinquennat parce que pour l'instant, on ne peut que constater que la grande promesse de réconciliation des Français autour d'un grand projet n'a pas été tenue".

"J'attends qu'il nous dise où est-ce qu'il veut amener la France. Si c'est dans la droite, le sarkozysme +le travailler plus pour gagner plus+, qu'il l'assume et qu'il présente une vision cohérente", a souligné Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes.

Les membres du gouvernement sont appelés à "se mettre en ordre de bataille très rapidement" pour défendre et lancer les mesures annoncées, a indiqué la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Pour cela, le Premier ministre Edouard Philippe réunira lundi en "séminaire" ministres et responsables de la majorité, avec l'"ambition de changer la méthode de l'action gouvernementale".

Au cours du grand débat, Emmanuel Macron a en effet affirmé son ambition d'enclencher une nouvelle phase de son quinquennat, notamment en exerçant un pouvoir moins vertical et en incluant davantage le Parlement, les élus locaux et les corps intermédiaires.

"La solution à la crise d'identité et à la crise sociale que nous traversons ne peut se résumer à une déclinaison de mesures catégorielles sur le pouvoir d'achat, la fiscalité et la crise de la représentation", a averti le président du Sénat Gérard Larcher (LR) mardi, appelant à "s'attaquer aux racines du mal": le sentiment pour une partie des Français de "ne plus compter".

Ceux-ci attendent ces annonces avec scepticisme. Tout en approuvant les principales mesures que devrait confirmer le président, plus de trois quart d'entre eux (76%) estiment que le grand débat ne permettra pas d'améliorer la situation politique, économique et sociale du pays, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès.

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Hommage du cinéma français à son dernier "grand duc", Jean-Pierre Marielle

Le monde du cinéma français a rendu hommage jeudi à l'acteur Jean-Pierre Marielle, décédé à l'âge de 87 ans, louant sa présence physique impressionnante, sa voix gouailleuse et son élégance.

Inoubliable interprète de Monsieur de Sainte-Colombe dans "Tous les matins du monde" (1991), le comédien est mort mercredi d'une longue maladie, a annoncé son épouse, l'actrice Agathe Natanson, à l'AFP.

Ses obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité.

"Quel coup dur ! Je suis effondré !", a réagi Jean-Paul Belmondo, son ami du conservatoire avec qui il a fait les "400 coups". "C'était plus qu'un ami", a souligné "Bébel", saluant la mémoire d'"un grand comédien, une forte personnalité sachant tout à la fois manier l?humour de façon redoutable et travailler avec le plus grand sérieux".

"Jean-Pierre est parti rejoindre Jean, Philippe et les autres... C'est tout un cinéma qui part avec lui", écrit le réalisateur et comédien Guillaume Canet sur les réseaux sociaux. Avec Jean Rochefort et Philippe Noiret, ses acolytes des "Grands Ducs", déjà disparus, Jean-Pierre Marielle incarnait toute une époque.

"Qu'est-ce qu?un acteur ? Une voix, un phrasé. Il avait une voix, il avait un phrasé, une grande originalité, il détestait les modes, les ambiances, les doxas", relève le comédien Fabrice Luchini sur RTL.

- "Les César? Rien à foutre" -

Pour le cinéaste Jean-Pierre Mocky qui a travaillé avec lui, Jean-Pierre Marielle "avait beaucoup de prestance". "Il jouait des rôles de fanfaron. Même dans la vie, c?était un grand gars, il était très drôle, il passait son temps à faire des plaisanteries", a-t-il dit sur Franceinfo.

Le cinéaste Bertrand Blier, qui a fait trois films avec l'acteur , a souligné sur RTL que Jean-Pierre Marielle était "très particulier". "C'était un garçon secret, mystérieux, souvent angoissé. (...) mais "j'ai beaucoup de bons souvenirs avec lui", a-t-il ajouté.

Avec la disparition de Jean-Pierre Marielle , s'éteint une des dernières figures de "la bande du conservatoire", formée au début des années 50 par Jean-Paul Belmondo, Claude Rich ou Jean Rochefort, l'"ami de toute une vie", décédé en octobre 2017.

Le comédien a joué dans plus d'une centaine de films (sous la direction notamment d'Audiard, Blier, Molinaro, Mocky, Sautet, Tavernier, Miller) et d'innombrables pièces et téléfilms. Au cours de sa carrière, il a été nommé sept fois aux César notamment pour son rôle dans "Tous les matins du monde". Mais il n'a jamais reçu la statuette.

"Les César ? J'en ai rien à foutre!", répondait-il. Ce qui n'a pas empêché l'Académie de lui rendre hommage jeudi et de saluer en lui "un formidable interprète, qui incarnait ses rôles avec cet humour piquant et un certain cynisme qui lui étaient si propres".

- Répliques fleuries -

Il "avait cette gouaille imprévisible, ce grain de folie qui transcendent un immense acteur. Sa voix si reconnaissable par son moelleux et la justesse de sa diction nous entraînait aux frontières d?un génie irremplaçable, à la Serrault, à la Piccoli à la...Lui", s'est souvenu l'ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob.

D'abord acteur de théâtre et de boulevard, Jean-Pierre Marielle connaîtra des débuts timides au cinéma avant d'exploser à la fin des années 60 et d'imposer sa gouaille, autant dans des films comiques que tragiques, d'auteur que grand public.

S'ensuit dans les années 70 une intense activité devant les caméras et des répliques fleuries dans les films devenus culte de Joël Séria ("Les galettes de Pont-Aven", "Comme la lune").

Parmi ses autres rôles marquants, figurent "Que la Fête commence" de Bertrand Tavernier, "Dupont Lajoie" d'Yves Boisset, mais aussi "Coup de Torchon" de Tavernier, "Tenue de soirée" de Blier, "Uranus" de Claude Berri, "La Petite Lili" de Claude Miller ou encore "Les âmes grises" d'Yves Angelo.

"La voix, le charisme, les yeux rieurs et le sens du jeu. Toujours juste et inattendu, Jean-Pierre Marielle était un acteur généreux que nous aimions dans chacun de ses rôles, au cinéma comme au théâtre", a souligné le ministre de la Culture Franck Riester.

"Le truculent Jean-Pierre Marielle avait une forme de distance sur le monde", a salué son prédécesseur Jack Lang qui garde "un souvenir enchanté" de son rôle dans "Tous les matins du monde".

En guise d'hommage, France 3 va diffuser jeudi soir "Pièce montée" de Denys Granier-Deferre, où il incarne un prêtre.

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Carlos Ghosn peut espérer sortir de prison, sous de strictes conditions

Le tribunal de Tokyo a annoncé jeudi avoir approuvé la libération sous caution de Carlos Ghosn, qui était retourné en prison début avril après une ré-arrestation surprise, mais le cas échéant il n'aura le droit de voir sa femme qu'après approbation du tribunal.

Le parquet a aussitôt fait appel, jugeant "regrettable" que la cour ait donné son feu vert à sa libération "en dépit de craintes de destruction de preuves", selon un communiqué du procureur-adjoint.

Si ce recours suspensif est rejeté, le magnat de l'automobile déchu de 65 ans pourra retrouver rapidement la liberté, peut-être même dès ce jeudi. La caution requise, de 500 millions de yens (4 millions d'euros), a déjà été versée.

Carlos Ghosn s'était déjà acquitté d'une importante somme -- un milliard de yens -- pour obtenir le droit de quitter le 6 mars le centre de détention de Kosuge (nord de Tokyo) après 108 jours de détention consécutifs à son arrestation initiale le 19 novembre.

L'ex-PDG de Renault-Nissan était alors apparu déguisé, portant une casquette bleue, un uniforme d'ouvrier de voirie, des lunettes et un masque de protection blanc, un accoutrement qui avait fait de lui la risée des médias alors même qu'il visait à tromper les journalistes massés devant la prison.

L'avocat à l'origine de ce scénario avait dû s'excuser ensuite pour cet "échec" ternissant la réputation de son illustre client. Cette fois, M. Ghosn devrait sortir dans des conditions moins rocambolesques.

- "Insuffisance rénale" -

Les raisons de la décision de libération n'ont pas été divulguées.

Les avocats de M. Ghosn ont mis en avant un problème médical. "Il souffre d'une insuffisance rénale chronique et nous avons détaillé cet élément dans notre requête", avait expliqué un peu plus tôt cette semaine son principal défenseur, Junichiro Hironaka.

S'il sort de prison, l'ancien grand patron sera cependant soumis à de strictes conditions: "assignation à résidence, interdiction de quitter le Japon et autres conditions visant à empêcher destruction de preuves et fuite", a précisé le tribunal.

Surtout, il n'aura le droit de voir son épouse qu'"à condition que le tribunal approuve une requête" en ce sens, a expliqué Me Hironaka à la presse. Carole Ghosn, dans le viseur des procureurs pour son rôle supposé dans un des volets de l'affaire, est en outre soupçonnée par le parquet d'avoir contacté des protagonistes du dossier.

Lors de sa précédente libération, Carlos Ghosn avait pu retrouver sa famille dans un appartement de location à Tokyo, enregistré auprès du tribunal et dont il n'avait pas le droit de s'absenter plus de trois jours. Il retournera dans le même logement, selon Me Hironaka.

Si un nouveau rebondissement n'est pas à exclure dans cette affaire hors normes, qui a vu la chute d'un des plus puissants PDG de la planète au moment où il s'apprêtait à tirer sa révérence, la dernière mise en examen de Carlos Ghosn semble clore les investigations du parquet.

- La justice critiquée -

Le dirigeant franco-libanais-brésilien est sous le coup de quatre inculpations pour diverses malversations financières, dont des dissimulations de revenus dans des documents boursiers et deux cas différents d'abus de confiance aggravé.

La dernière affaire, qui apparaît la plus sérieuse aux yeux des experts, porte sur des détournements présumés de fonds de Nissan, pour un montant de 5 millions de dollars, selon le bureau des procureurs.

Face à ce qu'il qualifie d'"acharnement judiciaire", M. Ghosn a usé de plusieurs moyens -- interview à quelques médias dont l'AFP, communiqués, comparution à sa demande devant un tribunal -- pour clamer son innocence et dénoncer un "complot" ourdi par Nissan à son encontre.

Dans une récente vidéo, enregistrée la veille de sa ré-arrestation le 4 avril mais rendue publique quelques jours plus tard, il a encore insisté sur la thèse du piège tendu par les dirigeants du groupe japonais afin de le faire tomber et stopper ainsi le processus de fusion Renault-Nissan qu'il préparait.

Sa femme Carole se mobilise depuis des semaines pour dénoncer le traitement dont fait l'objet son mari.

Sa campagne est soutenue par plusieurs avocats étrangers comme japonais et des organismes internationaux, qui estiment que le système judiciaire nippon ne respecte pas les droits de la défense, dénonçant des interrogatoires répétés, sans avocat, pendant la garde à vue.

S'il est effectivement libéré, Carlos Ghosn pourra se consacrer activement à la préparation de son procès qui n'est pas attendu avant plusieurs mois.

mis-kh-kap-anb/agr

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Après le fiasco d'Hanoï, Kim ravive les "liens historiques" avec Moscou

En pleine impasse diplomatique avec Washington, Kim Jong Un est venu chercher jeudi le soutien de Vladimir Poutine, qui à l'issue de leur premier sommet a appelé à renoncer à "la loi du plus fort" pour régler la crise nucléaire.

Deux mois après le fiasco retentissant de sa rencontre avec Donald Trump à Hanoï, le dirigeant nord-coréen a assuré avoir passé cette fois un "très bon moment" à Vladivostok, dans l'Extrême-Orient russe, disant vouloir raviver "les liens historiques" avec Moscou pour arriver à une "relation plus stable et plus solide".

"Je suis content du résultat: Kim Jong Un est quelqu'un d'assez ouvert, prêt à parler de tout", s'est félicité M. Poutine devant la presse à la fin de la rencontre, première à ce niveau depuis celle en 2011 entre l'ex-président Dmitri Medvedev et Kim Jong Il. "C'est quelqu'un d'assez intéressant, un interlocuteur dense".

Accueilli par une longue poignée de main et avec une ponctualité rare pour Vladimir Poutine, le dirigeant nord-coréen a passé au total cinq heures avec le président russe: deux heures de tête-à-tête suivies de pourparlers entre délégations puis d'un dîner pendant lequel le maître du Kremlin a reçu une épée en cadeau. Les deux hommes ont été servis, selon l'agence TASS, avec du borchtch, une salade de crabe et des raviolis sibériens à la viande de renne.

- "Restaurer le droit international" -

Malgré ses invitations répétées à M. Kim, la Russie était restée jusqu'à présent à l'écart de la spectaculaire détente observée sur la péninsule coréenne depuis début 2018.

Mais deux mois après le fiasco de sa deuxième rencontre avec le président américain à Hanoï, le dirigeant nord-coréen cherche des soutiens dans son bras de fer avec Washington et un certain rééquilibrage de ses relations entre Pékin, son plus proche soutien, et Moscou, son ancien allié de la Guerre froide. C'est l'URSS qui avait placé au pouvoir son grand-père et fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il Sung.

Accueillant M. Kim, arrivé la veille en train après une dizaine d'heures de voyage, Vladimir Poutine a présenté la rencontre comme visant à "comprendre (...) ce que la Russie peut faire pour soutenir les tendances positives qui ont lieu actuellement".

En fin de rencontre, le président russe s'est dit favorable comme les Etats-Unis à une "dénucléarisation totale" et jugé un règlement "possible", à condition de faire "des premiers pas" et d'offrir à Pyongyang des "garanties de sécurité et de souveraineté" de la communauté internationale.

"Le plus important est de restaurer (...) la force du droit international et de revenir à une situation où le droit international, et non pas le droit du plus fort, détermine le cours des affaires dans le monde", a-t-il plaidé.

Moscou prône un dialogue avec Pyongyang sur la base d'une feuille de route définie par la Chine et la Russie. Cette dernière a déjà demandé la levée des sanctions internationales, tandis que les Etats-Unis l'ont accusée d'aider Pyongyang à les contourner.

- Dialogue "difficile" -

Après des années de montée des tensions, la péninsule connaît cependant une détente spectaculaire et M. Kim a rencontré depuis mars 2018 quatre fois le président chinois Xi Jinping, trois fois le président sud-coréen Moon Jae-in et deux fois M. Trump.

A Hanoï, la Corée du Nord avait cherché à obtenir un allègement immédiat des sanctions internationales décidées pour la contraindre de renoncer à ses armes atomiques. Mais les discussions avaient été écourtées en raison de désaccords profonds avec Washington, notamment sur les concessions que Pyongyang était prêt à faire.

Pyongyang s'est fendu la semaine dernière d'une attaque d'une rare violence contre Mike Pompeo, en demandant que le secrétaire d'Etat américain ne participe plus aux discussions sur la dénucléarisation.

Le secrétaire d'Etat américain, dans une interview accordée à la chaîne CBS mercredi, s'est montré prudent sur la suite du dialogue: "Ça va être mouvementé. Ça va être difficile".

Les relations entre Pyongyang et Moscou remontent à l'ère soviétique. Mais si l'URSS a apporté un soutien crucial à Kim Il Sung pendant la Guerre froide, les relations ont évolué en dents de scie, notamment parce qu'il excellait dans l'art de jouer sur la rivalité sino-soviétique pour obtenir des concessions de ses deux puissants voisins.

Peu après sa première élection à la présidence russe, Vladimir Poutine chercha à normaliser ces relations et rencontra trois fois Kim Jong Il, père et prédécesseur de l'actuel leader, la première fois à Pyongyang en 2000. Il fut alors le premier dirigeant russe à se rendre en Corée du Nord.

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Vingt-six ans après ses crimes, la justice libère le faux docteur Romand

Après 26 ans de détention, Jean-Claude Romand, le faux médecin de l'OMS condamné à perpétuité pour avoir tué son épouse, ses deux enfants et ses parents, a obtenu jeudi une libération conditionnelle et devrait sortir de prison avant l'été.

"La liberté conditionnelle a été accordée", a déclaré l'avocat de Jean-Claude Romand, Me Jean-Louis Abad, à l'AFP. "C'est imminent mais sans doute pas aujourd'hui", jeudi, a-t-il précisé.

La décision de la cour d'appel de Bourges doit être mise à exécution avant le 28 juin, selon un communiqué de presse du parquet général.

"C?est une grande déception pour mes clients et une grande douleur. Ils ont le sentiment que tout est terminé pour M. Romand et que pour eux cela ne le sera jamais", a réagi Me Laure Moureu, qui représente les deux frères de Florence Romand, l'épouse assassinée.

Cette libération est conditionnée à une "période de placement sous surveillance électronique probatoire d'une durée de deux ans", a précisé Marie-Christine Tarrare, procureure générale de Bourges, dans un communiqué.

A l'issue de ces deux ans, "le condamné sera soumis pour une durée de dix ans à des mesures d'assistance et de contrôle", selon la même source. Le faux docteur, aujourd'hui âgé de 65 ans, devra alors s'établir "en un lieu autorisé par l'autorité judiciaire", s'abstenir d'entrer en contact avec les victimes et les parties civiles et aura interdiction de se rendre dans les régions Ile-de-France, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes, précise le communiqué.

M. Romand devra aussi s'abstenir "de toute communication médiatique relative aux crimes pour lesquels il a été condamné", "réparer en tout ou partie" les dommages qu'il a causés et "se soumettre à des mesures d'examen médical, de traitement ou de soins", selon la même source.

La chambre de l'application des peines de Bourges a par cet arrêt infirmé la décision du tribunal de Châteauroux qui avait refusé le 8 février la liberté conditionnelle à M. Romand.

- parcours d'un imposteur -

Le tribunal de Châteauroux avait alors estimé qu'"en dépit de son parcours d'exécution de peine satisfaisant, les éléments du projet présenté et de sa personnalité" ne permettaient pas "d'assurer un juste équilibre entre le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et de la réinsertion du condamné", selon le parquet.

Condamné à la perpétuité en 1996, M. Romand était libérable depuis 2015, après une période de sûreté de 22 ans.

Le parcours du "docteur Romand" est celui d'une histoire hors norme qui a fasciné le public et largement inspiré cinéma et littérature ("L'adversaire" d'Emmanuel Carrère a été adapté au cinéma en 2002 par Nicole Garcia).

Après avoir caché à ses proches son échec en faculté de médecine, Jean-Claude Romand avait menti pendant des années à son entourage. Marié et père de deux enfants, il se disait médecin, chercheur à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, et faisait vivre sa famille en escroquant parents et amis, prétendant placer leurs économies en Suisse.

Acculé par plusieurs débiteurs, dont certains avaient découvert son imposture, le faux médecin, alors âgé de 38 ans, était passé à l'acte au matin du 9 janvier 1993.

Dans leur maison de Prévessin-Moëns (Ain), il tue sa femme avec un rouleau à pâtisserie, puis sa fille de sept ans et son fils de cinq ans, en leur tirant dans le dos avec une carabine. Il tue ensuite ses parents à Clairvaux-les-Lacs (Jura) de plusieurs balles dans le dos.

Le lendemain, il revient à son domicile et avale des barbituriques avant d'incendier la maison. Il sera retrouvé inconscient mais vivant par les pompiers.

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Poutine prêt à "rétablir complètement" les relations avec l'Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine s'est dit prêt jeudi à "rétablir complètement" les relations avec l'Ukraine à condition que cela ne se fasse pas "unilatéralement", après la victoire à la présidentielle du comédien Volodymyr Zelensky.

"Nous voulons, nous sommes prêts à rétablir complètement nos relations avec l'Ukraine mais nous ne pouvons pas le faire unilatéralement", a-t-il déclaré aux journalistes à Vladivostok, où il participait à un sommet avec le leader nord-coréen Kim Jong Un.

Le président russe a ajouté que la large victoire de Volodymyr Zelensky, novice en politique et élu avec plus de 73% des voix au second tour, symbolise "l'échec total de la politique de Porochenko", le président sortant ukrainien.

Petro Porochenko était partisan d'une ligne dure face à la Russie, avec qui l'Ukraine a quasiment coupé tout lien depuis son arrivée au pouvoir en 2014, dans la foulée de l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée puis d'une guerre dans l'est de l'Ukraine avec des séparatistes pro-russes qui a fait près de 13.000 morts.

A l'inverse, Volodymyr Zelensky s'est dit prêt à discuter avec Vladimir Poutine et a promis de "relancer" les accords de paix de Minsk pour trouver une issue au conflit.

Interrogé par des journalistes, Vladimir Poutine a aussi réagi au décret signé mercredi qui facilite l'octroi de la nationalité russe aux habitants des régions séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine, mesure condamnée par Kiev et par plusieurs pays occidentaux.

"C'est étrange que cette décision provoque des réactions négatives. La Pologne émet de tels passeports pour les Polonais, la Roumanie pour les Roumains, la Hongrie pour les Hongrois. En quoi les Russes sont pires que les Polonais, les Roumains ou les Hongrois?", s'est interrogé M. Poutine.

"D'autant que ces gens (les habitants des régions séparatistes, ndlr) sont privés de leurs droits les plus élémentaires", a-t-il ajouté.

Jeudi, l'Allemagne et la France ont à leur tour condamné dans un communiqué le décret de M. Poutine, estimant qu'il est "en contradiction avec l'esprit et les objectifs des accords de Minsk".

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Attentats au Sri Lanka: les églises fermées, l'armée en renfort

Les églises catholiques du Sri Lanka resteront fermées jusqu'à l'amélioration de la situation sécuritaire après les lourds attentats jihadistes de Pâques, tandis que la traque de suspects se poursuit jeudi avec des renforts de l'armée.

Des kamikazes s'en sont notamment pris à la minorité chrétienne de l'île d'Asie du Sud en frappant dimanche matin trois églises en pleine célébration de la messe de Pâques, provoquant un carnage. Des explosions ont touché trois hôtels de luxe en parallèle.

"Sur le conseil des forces de sécurité, nous gardons toutes les églises fermées", a annoncé à l'AFP un haut responsable de l'Église locale, ajoutant qu'"il n'y aura aucune messe publique jusqu'à nouvel ordre". Les funérailles de victimes pourront se tenir lors de cérémonies à caractère privé.

Avec 359 morts et quelque 500 blessés, selon le dernier bilan officiel en date, ces attentats sont parmi les plus meurtriers dans le monde depuis le 11 septembre 2001.

Les autorités attribuent ce bain de sang au groupe extrémiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ). L'organisation jihadiste État islamique (EI) a revendiqué ces attaques, publiant une vidéo de huit hommes lui faisant allégeance.

Colombo est engagé dans une gigantesque traque de suspects. Le Sri Lanka a procédé à 16 nouvelles arrestations dans la nuit de mercredi à jeudi, portant le total des personnes interpellées à près de 75 depuis dimanche.

L'armée a déployé des milliers de soldats supplémentaires pour épauler la police dans cette chasse à l'homme. L'armée de terre a augmenté le nombre de ses militaires impliqués dans le dispositif de 1.300 à 6.300. L'armée de l'air et la marine ont dépêché 2.000 hommes.

"Nous sommes armés du pouvoir de chercher, confisquer, arrêter et détenir grâce à la législation de l'état d'urgence", en place depuis lundi minuit, a déclaré à l'AFP le général de brigade Sumith Atapattu.

"Nous participons à des gardes statiques, des patrouilles et aidons à établir des cordons et aux recherches lors d'opérations", a-t-il ajouté.

- 'Défaillance' de l'État -

Colombo a reconnu une "défaillance" de l'État en matière de sécurité, les autorités n'ayant pas su empêcher ce bain de sang alors qu'elles disposaient d'informations préalables cruciales.

Une note prophétique d'avertissement, il y a quinze jours, prévenant que le NTJ préparait des attentats, n'a pas été communiquée au Premier ministre et à des ministres de haut rang. L'alerte se basait sur des éléments transmis par "une agence de renseignement étrangère" et avait été diffusée aux services de police.

"Il y a clairement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités car si l'information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d'éviter ou minimiser" ces attentats, a reconnu mercredi le vice-ministre de la Défense, Ruwan Wijewardene.

La police est en effet du ressort du président Maithripala Sirisena, qui est en conflit ouvert avec le chef de gouvernement Ranil Wickremesinghe. Le premier avait limogé le second à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique.

Les deux hommes, aux personnalités antagonistes, se vouent une animosité réciproque et se mettent l'un l'autre des bâtons dans les roues.

Le gouvernement sri-lankais a annoncé mercredi que "neuf kamikazes" au total avaient péri au cours du dimanche de Pâques. Huit ont été identifiés mais leurs noms n'ont pas été révélés.

- Huit sites d'explosions -

Sur les huit sites où des bombes ont explosé dimanche, six - trois églises à Colombo, Negombo et Batticaloa ainsi que trois hôtels de luxe à Colombo - ont été frappés en début de matinée par des attentats suicides.

Des explosions ultérieures se sont produites à la mi-journée en deux lieux distincts de la périphérie de Colombo: elles sont le fait de suspects qui se sont suicidés pour échapper à l'arrestation. L'un d'eux était chargé de commettre un attentat dans un quatrième hôtel de luxe, adjacent aux autres, mais ne s'y est pas fait exploser pour une raison indéterminée.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est donné la mort en activant ses explosifs.

À peu près au même moment, deux personnes - un homme et une femme - se sont fait exploser dans une opération policière au domicile de suspects dans la banlieue nord de Orugodawatta, ont indiqué mercredi à l'AFP des sources proches de l'enquête.

Le sort du leader présumé du NTJ, Zahran Hashim, est inconnu pour le moment.

"La plupart" des kamikazes "sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant", a rapporté mercredi le vice-ministre de la Défense.

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"Marche du million" prévue à Khartoum pour maintenir la pression sur les militaires

Une foule de manifestants est attendue jeudi à Khartoum pour la "marche du million" à l'appel des leaders de la contestation, en dépit de discussions avec les dirigeants militaires sur un transfert du pouvoir à une autorité civile réclamé par la rue.

Un Conseil militaire de transition est au pouvoir au Soudan depuis le renversement par l'armée du président Omar el-Béchir le 11 avril sous la pression de la rue. Mais le mouvement de contestation réclame que cette instance, qui s'est donnée un mandat de deux ans, transfère le pouvoir à une autorité civile sans plus tarder.

Face à une contestation qui va crescendo, le Conseil militaire a annoncé mercredi soir avoir conclu un "accord" avec l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), "sur la plupart des exigences présentées" par cette coalition des principales formations du mouvement de protestation, sans donner plus de détails.

- "Comité conjoint" -

Dans un communiqué sur Twitter, l'Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation qui fait partie de l'ALC, a vu dans cette réunion une étape vers un "renforcement de la confiance" entre les deux parties.

Elle a fait état de la mise en place d'un "comité conjoint" pour "discuter des problèmes en suspens".

Peu après la réunion, le Conseil militaire a annoncé la démission de trois de ses dix membres, les généraux Omar Zinelabidine, Jalaluddine al-Cheikh et Al-Tayeb Babikir. Il n'a pas fourni d'explications.

Mais dans la rue, les manifestants, rassemblés jour et nuit depuis le 6 avril devant le quartier général de l'armée à Khartoum, maintiennent la pression.

Jeudi, une foule est attendue à Khartoum pour une "marche d'un million de personnes" à laquelle a appelé la SPA mercredi.

"Nous sommes très contents des démissions, mais cela ne veut pas dire qu'on va partir. Notre demande principale, une administration entièrement civile, n'a pas été satisfaite", a déclaré à l'AFP Ahmed Najdi, un manifestant.

En attendant, "ce que nous espérons maintenant c'est un conseil souverain militaro-civil, sur lequel, je pense, la plupart des manifestants seraient d'accord", a-t-il ajouté.

Pour la première fois, des juges devraient rejoindre les manifestants. Ils se mobiliseront "pour soutenir le changement et pour (réclamer) un système judiciaire indépendant", selon un communiqué diffusé mercredi par une association professionnelle de juges.

Mardi et mercredi, des centaines de personnes venues d'autres villes du Soudan dont Madani et Atbara (centre) avaient rejoint les manifestants, selon des témoins.

L'un des leaders de la contestation, Siddiq Farouk, avait menacé mercredi d'une "grève générale" à travers le pays si le Conseil militaire n'accédait pas aux revendications des manifestants.

La contestation, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s'est rapidement transformée en contestation inédite du président aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement du système en place.

Le mouvement a reçu cette semaine le soutien de Washington qui a dit appuyer "la demande légitime" des Soudanais d'un gouvernement dirigé par des civils.

- Pressions américaines -

"Nous sommes ici pour encourager les parties à oeuvrer ensemble afin de faire avancer ce projet au plus tôt", a déclaré mardi à l'AFP Makila James, responsable du département d'Etat américain chargée de l'Afrique de l'Est qui s'est rendue à Khartoum.

"Le peuple du Soudan a formulé clairement sa demande", a-t-elle souligné. "Nous voulons le soutenir dans cela, c'est la meilleure voie pour aller vers une société respectueuse des droits humains".

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un "changement fondamental" de gouvernance.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d'une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "génocide" dans la région du Darfour (ouest).

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Flèche Wallonne: Alaphilippe dans son jardin

Le mur de Huy est son jardin: Julian Alaphilippe s'est encore montré supérieur mercredi sur les pentes raides de la Flèche Wallonne pour remporter une deuxième fois la classique belge, un an après son premier succès.

Dans les 300 derniers mètres, Alaphilippe a retrouvé pour un duel serré son meilleur rival, le Danois Jakob Fuglsang. Trois jours après un match nul qui avait sanctionné leur attentisme respectif dans le final de l'Amstel Gold Race.

"Il était aussi déçu que moi, je pense, de ne pas avoir gagné l'Amstel, on aurait pu faire un et deux", a souri Alaphilippe, inévitablement revanchard après ce premier acte de la semaine ardennaises même s'il a relativisé: "C'est une course de vélo que j'ai perdue."

Alaphilippe, qui avait déjà devancé Fuglsang pour la victoire, début mars, aux Strade Bianche en Italie, a de nouveau pris le dessus. Mais le Français a eu du fil à retordre avec le Danois qui s'est dégagé sur la partie sélective du mur, après l'épingle de la stèle Criquielion.

"Le final n'était pas facile. Fuglsang est un très bon coureur que je respecte beaucoup. Il était difficile à battre", a reconnu le puncheur, déjà vainqueur de Milan-Sanremo le mois dernier et numéro un mondial au classement périodique de l'Union cycliste internationale.

"L'an dernier, c'était ma première grande victoire. Porter le dossard numéro un n'était pas évident. J'ai essayé de me détacher de toute la pression", a poursuivi Alaphilippe qui a insisté sur le travail de son équipe: "On a pris nos responsabilités dès le début. J'ai été très soutenu."

- Fuglsang: "une belle bagarre" -

La course, rendue encore plus usante par le vent, a réduit le peloton à moins d'une quarantaine d'unités au pied de la troisième et dernière montée du mur de Huy. Sans le Britannique Adam Yates, éliminé sur chute, et l'Irlandais Dan Martin, distancé tout comme Peter Sagan avant le final.

Aidé par le Belge Dries Devenyns puis par l'Espagnol Enric Mas, très efficace dans l'avant-dernière côte (Chérave), Alaphilippe s'est présenté comme il le souhaitait pour jouer la victoire au mur de Huy (1300 m à 9,6 %). Comme l'année passée, quand il avait détrôné le grand spécialiste, l'Espagnol Alejandro Valverde, cinq fois victorieux au sommet.

Valverde, cette fois, a reculé à la 11e place. Le champion du monde, qui n'a pu fêter avec un jour d'avance son 39e anniversaire, n'a pu rivaliser jusqu'au bout, pas plus que le Polonais Michal Kwiatkowski (16e) ou le Français Romain Bardet, 13e dans la roue de son jeune et prometteur lieutenant Benoît Cosnefroy.

En cette journée passant de soleil à nuages, Alaphilippe et Fuglsang étaient supérieurs à leurs adversaires. "C'est une course qui me tient à coeur", a souligné le Français. "J'apprécie beaucoup la période des classiques ardennaises".

"On a fait une belle bagarre", a répondu en écho le Danois. "A 100 mètres, je l'ai vu revenir. J'ai essayé de garder sa roue".

"Je suis content, je n'ai pas de regrets, je n'oublie pas que la Flèche n'est pas la course idéale pour moi", a ajouté Fuglsang. Comme un message en forme de promesse avant Liège-Bastogne-Liège, la "Doyenne" qui sera dimanche l'apothéose de la semaine de classiques ardennaises.

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Les Arara, des Indiens attachés à leur culture, loin du "zoo" évoqué par Bolsonaro

En bermuda et t-shirt, les Arara sont loin du cliché de l'Indien à moitié nu et coiffé de plumes, mais restent farouchement attachés à leur culture et à leur territoire, au coeur de l'Amazonie brésilienne, dans l'Etat du Para (nord).

Quelque 200 Arara vivent dans le village Laranjal, au bord de la rivière Iriri et à quatre heures de bateau d'Altamira, la plus grande ville de la région. Une équipe de l'AFP a passé plusieurs jours parmi eux.

Ils se plaignent du fait que les terres qui leur sont réservées sont régulièrement spoliées par les trafiquants de bois et d'une multiplication d'incursions depuis l'arrivée au pouvoir en janvier de Jair Bolsonaro.

Le chef de l'Etat, un ancien militaire d'extrême droite, a donné le ton de sa vision des questions indigènes en se demandant peu après son élection "pourquoi maintenir les Indiens reclus dans des réserves, comme des animaux dans un zoo?".

Les Indiens sont "comme nous, ils veulent évoluer, prendre l'avion, avoir accès à des médecins, des dentistes, la télévision, internet", poursuivait-il.

Plusieurs milliers de représentants de tribus indigènes du Brésil, certains en tenues traditionnelles, campaient jeudi dans le centre de Brasilia pour un rassemblement de trois jours destiné à faire valoir leurs droits sur leurs terres ancestrales.

Si certains Arara s'habillent comme à la ville, d'autres ont le visage ou les membres peints de motifs inspirés de plantes ou d'animaux, à l'aide de pigments extraits de baies de jenipapo, un arbre fruitier de l'Amérique tropicale.

Leurs maisons en bois aux parois peintes en bleu ont été bâties dans un style similaire à celui de leurs demeures traditionnelles par Norte Energia, la société qui gère le barrage de Belo Monte en construction, à titre de compensation pour les dommages environnementaux.

Le dispensaire et le logement de fonction de l'infirmière, eux aussi construits par l'entreprise, sont en béton.

Selon les chiffres officiels, quelque 800.000 indigènes de 305 ethnies vivent au Brésil, un pays de 209 millions d'habitants. Certains sont plus attachés aux traditions que les Arara, vivant isolés et s'habillant uniquement de simples pagnes au milieu de l'épaisse forêt. D'autres ont au contraire totalement abandonné leur style de vie ancestral et préfèrent vivre en ville.

Contrairement à d'autres indigènes, les Arara parlent tous la langue ancestrale, les plus anciens refusant même pour la plupart de s'exprimer en portugais.

Un groupe électrogène est allumé de 19h00 à 22h00, le temps pour certains jeunes de charger leur téléphones portables. Ils ne captent pas de réseau, mais regardent des clips de vedettes comme la chanteuse pop brésilienne Anitta, qu'ils téléchargent quand ils sont en ville.

Voici le déroulé d'une journée passée chez les Arara:

- 4h00: Pas besoin de réveil, le chant tonitruant des coqs met les oreilles non averties au supplice bien avant le lever du soleil. Le village tout entier est une véritable basse-cour géante, des dizaines de gallinacées se promenant en toute liberté... avant de passer à la casserole. Certains habitants maintiennent des singes en semi-captivité, parfois tenus en laisse: un temps animaux de compagnie, ils finissent en ragout.

- 7h30: L'infirmière Karina Silva Marçal, qui vient de l'extérieur, n'a pas le temps de finir son petit-déjeuner. Un petit garçon tape déjà à sa porte pour demander du sirop pour la toux. La jeune femme noire de 32 ans est une itinérante: elle passe deux mois dans un village, puis se repose en ville pendant un mois. Chez les Arara, Karina doit prendre soin tout particulièrement de deux personnes handicapées. "Mais le pire fléau, c'est la grippe. Quand les Arara vont en ville, ils reviennent souvent malades et si on ne fait pas attention, tout le village est contaminé", explique-t-elle.

- 10h00: La rentrée scolaire a eu lieu depuis plus d'un mois en ville, mais l'école du village n'ouvrira ses portes que la semaine prochaine. L'enseignante Janete Carvalho, 35 ans est déjà à pied d'oeuvre. C'est l'heure du grand nettoyage, pour que les quatre salles de classe, regroupées dans deux grandes maisons de bois, soient parfaitement opérationnelles. Sur les murs, on peut voir des papiers colorés avec les noms des enfants, la plupart en langue ancestrale, comme Mupera, Tjianden ou Mogoia, et leur date d'anniversaire. "Les jeunes Indiens ne sont pas très différents des autres enfants. En général, ils sont très bons en maths et adorent les cours d'arts plastiques", explique l'enseignante.

- 11h30: Pendant que sa femme épluche le maïs et fait cuire du manioc et du poisson pour le repas, Munenden, 23 ans, jeune homme souriant au corps athlétique, contemple de sa fenêtre son fils d'un an et demi qui crapahute dans l'herbe, une peinture de jenipapo tatouée sur les bras et le visage. "Je n'aime pas passer trop de temps en ville, il y a trop de maladies. J'y vais seulement quand c'est nécessaire", affirme le jeune homme.

"On va parfois à Altamira faire des courses, mais on ne passe pas plus de deux jours là-bas", renchérit son voisin Mouko, un homme 43 ans à l'expression sévère. "Bolsonaro veut que les Indiens vivent comme les Blancs, mais nous n'abandonnerons jamais nos coutumes. On vit de la pêche et de la chasse, il faut préserver la nature, arrêter d'arracher les arbres."

Les Arara chassent notamment des cochons sauvages - noirs comme des sangliers, mais plus petits et dépourvus de défenses - et pêchent des poissons comme le tucunaré (appelé aussi Peacock Bass), un gros poisson de 50 cm emblématique des affluents de l'Amazone. Ils dépendent aussi des allocations de la "Bolsa Familia", programme social créé par la gauche en 2003 pour inciter les familles brésiliennes à scolariser leurs enfants.

- 15h30: Une dizaine d'hommes courent vers la forêt, des fusils à la main. Non, le village n'est pas attaqué, mais un troupeau de cochons sauvages a été aperçu, l'occasion d'organiser une battue. Les jeunes s'engagent dans un sentier, un ancien décide d'en emprunter un autre, suivi à distance par une quinzaine de femmes et d'enfants portant une brouette et des machettes. Les jeunes reviennent bredouille, mais l'ancien, fort de son expérience, tue quatre cochons.

La brouette est trop petite pour les transporter? Pas de problème, les machettes sont aiguisées et le gibier est dépecé sur place, les tripes dégoulinantes laissées à même le sol. Les cuissots et les côtes sont découpés soigneusement et portés sans difficulté par les enfants. Le cochon à la broche s'annonce savoureux!

- 19h30: Le groupe électrogène est déjà en marche, mais une poignée d'enfants maigrichons de 3 à 8 ans en short préfèrent s'amuser près du feu. Ils empoignent des bâtons, se visent les uns les autres comme s'ils tiraient et les "morts" s'écroulent de façon très théâtrale. À quoi jouent-ils? "Aux Indiens"!

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