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Mort de Pierre Bellemare, grande figure populaire de l'audiovisuel

Une "voix reconnaissable entre toutes" s'est tue: l'animateur et conteur Pierre Bellemare, personnalité très populaire de la radio et de la télévision, est mort samedi à 88 ans, suscitant une avalanche d'hommages, dans le monde des médias et de la part de nombreux anonymes.

Ce pionnier de l'audiovisuel, père du télé-achat, qui avait également importé en France l'usage du prompteur, est décédé samedi après-midi à l'hôpital Foch à Suresnes, où il avait été admis quelques jours plus tôt pour des examens, a-t-on appris dimanche auprès de sa famille.

Son fils, l'animateur Pierre Dhostel, s'est dit "très ému" par la vague d'hommages rendus à son père. "Il aurait été extrêmement heureux de voir combien il était présent dans le coeur de tous les gens, des Français qu'il a accompagnés tout au long de sa vie", a-t-il confié à l'AFP.

Laurent Guimier, le nouveau patron d'Europe 1, radio sur laquelle a longtemps officié Pierre Bellemare, a salué la mémoire de "l'inventeur de la radio moderne, voix historique, pilier de la famille Europe 1". La radio lui a aussitôt consacré une émission spéciale, où les auditeurs racontaient leurs souvenirs et leur émotion.

Le producteur et animateur de jeux était aussi un conteur de récits nourris de faits divers, qu'il racontait sur les ondes. Un talent souligné par l'ancien patron de Canal+ Pierre Lescure, qui a salué "une vie d'histoires racontées comme personne, de sa voix reconnaissable entre toutes".

"Sa voix, ses émissions ont accompagné le quotidien de plusieurs générations", a souligné la ministre de la Culture Françoise Nyssen, en rendant hommage à ce "pionnier de la radio et de la télévision modernes, conteur inoubliable +d'histoires extraordinaires+".

Né le 21 octobre 1929 à Boulogne-Billancourt, Pierre Bellemare a produit et animé de nombreuses émissions de radio et de télévision à partir des années 1950, avant de mettre sa voix au service du télé-achat.

- "Notre père à tous" -

"Il avait voyagé sur le Concorde à côté du roi du télé-achat américain, qui lui avait parlé de son aventure. Au retour, il avait convaincu Patrick Le Lay sur TF1 et Jean Drucker sur M6 de lancer ça", a raconté à l'AFP sa belle-fille, la journaliste Carole Bellemare.

"C'était quelqu'un de très modeste et d'érudit (...), quelqu'un d'infatigable qui se qualifiait de monteur de projets, il voulait toujours inventer quelque chose", a-t-elle dit.

A 82 ans, il s'était lancé aussi dans la chanson, avec un album reprenant des titres de Vian, Reggiani et Mouloudji, fredonnant l'amour, les joies et les peines.

"Au revoir cher Pierre .. Vous êtes formidable!", a lancé Jean-Pierre Foucault, en référence au nom de l'émission à succès de Pierre Bellemare, créée en 1956, faisant appel à la solidarité des auditeurs pour soutenir différentes causes.

L'hommage était unanime chez les animateurs de télévision. Pierre Bellemare était "notre père à tous", a tweeté Cyril Hanouna. "Une présence qui a marqué notre mémoire collective", pour Arthur. "Un bel esprit, fin lettré" pour Stéphane Bern.

"Tu as inventé les émissions où l'on défend les gens. Tu étais un prince un génie", a aussi salué l'animateur Julien Courbet, qui avait travaillé avec lui sur France 2 dans l'émission "En toutes lettres".

Preuve de la grande popularité de cette figure de l'audiovisuel, sa disparition était le premier sujet sur Twitter en France dans la matinée.

Pierre Bellemare était père de trois enfants, issus de deux mariages et de cinq petits-enfants.

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Trump et Kim visent toujours un sommet le 12 juin à Singapour

Le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong Un ont affirmé samedi viser le maintien de leur sommet historique tel qu'il était initialement prévu, le 12 juin à Singapour, après quelques jours de turbulences et acrobaties diplomatiques.

Ces nouvelles déclarations sont intervenues après que le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen eurent créé la surprise en se rencontrant samedi dans la zone démilitarisée entre leurs deux pays.

A l'issue de cette rencontre, les dirigeants des deux Corées se sont dit prêts à se revoir "fréquemment", a annoncé l'agence officielle de presse nord-coréenne KCNA.

"Kim Jong Un a remercié Moon Jae-in pour les grands efforts qu'il a faits en vue (de l'organisation) du sommet" Corée du Nord-Etats-Unis "programmé pour le 12 juin" et "exprimé sa détermination" à tenir ce sommet "historique", a ajouté l'agence.

Des photos diffusées samedi par Séoul montrent Moon Jae-in serrant la main puis étreignant son homologue Kim Jong Un.

Depuis Washington, M. Trump a déclaré à la presse que les choses "avancent très bien" et que l'objectif d'organiser le sommet le 12 juin à Singapour "n'a pas changé".

Dans une déclaration ultérieure, Moon Jae-in a raconté aux journalistes que Kim Jong Un l'avait contacté pour organiser à la hâte cette rencontre, "sans aucune formalité".

"Il (...) a exprimé l'intention d'en finir avec l'époque de la guerre et de la confrontation au travers de la réussite du sommet entre le Nord et les Etats-Unis et de coopérer pour la paix et la prospérité", a déclaré M. Moon à Séoul.

Les deux dirigeants se sont entretenus durant deux heures dans le village de Panmunjon, où ils s'étaient déjà rencontrés le 27 avril et avaient publié une déclaration commune dans laquelle ils s'engageaient à améliorer leurs relations.

De prochains pourparlers inter-coréens "à haut niveau" auront lieu vendredi prochain, a précisé de son côté KCNA.

M. Trump avait annulé jeudi son sommet avec M. Kim. Moins de 24 heures après, il a cependant affiché son optimisme, évoquant le possible maintien du sommet après "des discussions très productives avec la Corée du Nord pour que le sommet ait lieu".

Samedi, sa porte-parole Sarah Sanders a adressé un autre message à la tonalité optimiste: "L'équipe de reconnaissance de la Maison Blanche pour Singapour partira comme prévu pour se préparer, si jamais le sommet devait se tenir".

- Remarquable détente -

L'annulation soudaine du sommet Trump-Kim avait placé en porte-à-faux la Corée du Sud, qui a joué un rôle central dans la remarquable détente de ces derniers mois entre Pyongyang et Washington.

Les images diffusées par la Corée du Sud samedi montrent également Moon Jae-in serrant la main de la s?ur de Kim Jong Un, qui a joué un rôle dans les discussions récentes avec le Sud. En février, elle avait assisté à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques en Corée du Sud, devenant ainsi la première membre de la dynastie régnant au Nord à fouler le sol du grand rival du sud depuis la fin de la guerre de Corée.

Les chefs des renseignements des deux pays apparaissent également sur les photos.

Cette rencontre de samedi, la quatrième entre les dirigeants des deux pays toujours techniquement en guerre, s'est déroulée dans le plus grand secret, les journalistes ayant été prévenus après sa tenue, à la différence de la rencontre du 27 avril qui s'était déroulée sous l'oeil des caméras.

Il s'agit du dernier épisode rocambolesque en date sur la péninsule coréenne. Alors que l'année dernière les dirigeants américains et nord-coréens se menaçaient mutuellement, ces derniers avaient annoncé la tenue d'un sommet à Singapour pour juin.

Premier sommet entre un président des Etats-Unis en exercice et un membre de la dynastie des Kim, il devait surtout couronner une période de détente inédite.

Washington exige une "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" de la part du Nord. Pyongyang a déclaré qu'il ne renoncerait jamais à son arsenal nucléaire tant qu'il ne se sentirait pas en sécurité face à ce qu'il voit comme une agression américaine.

Cette rencontre de samedi augmente la probabilité d'un sommet entre Washington et Pyongyang, estime Koh Yu-hwan, expert en relations coréennes à l'université Dongguk (Séoul). Elle "vise à résoudre le malentendu suscité par des problèmes de communication entre Pyongyang et Washington et à préparer le terrain pour ce sommet".

Selon Adam Mount, expert en politique nucléaire de la Fédération des scientifiques américains, il s'agit d'une action "audacieuse mais risquée" de la part de M. Moon, qui n'avait d'autre choix que de poursuivre une politique évitant une escalade du conflit.

"Selon Trump +tout le monde joue+, mais pour Moon Jae-in, ce n'est pas un jeu, il doit protéger son peuple de la guerre", conclut-il dans cette analyse postée sur Twitter.

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Trois morts dans un accident de car au retour des demi-finales du Top 14 de rugby

La fête des demi-finales du Top 14 de rugby, remportées par Montpellier et Castres, a été endeuillée par la mort de trois personnes, samedi soir sur l'A7 dans la Drôme, dans l'accident d'un autocar de spectateurs qui retournaient dans le Gard.

L'accident s'est produit vers 23H00 au niveau de Chantemerle-les-Blés, à quelques kilomètres au nord de Valence, faisant aussi 11 blessés graves et 17 blessés légers, selon un dernier bilan.

Au total, le car transportait 31 personnes, chauffeur compris, dont 18 mineures. Les trois morts sont des adultes, parmi lesquels figurent un couple et le chauffeur.

L'accident, encore inexpliqué, n'a impliqué que ce véhicule qui transportait des membres du club de rugby de Beaucaire (Gard), repartis de Lyon après la 2e demi-finale entre Castres et le Racing 92.

"Une équipe et les familles des jeunes joueurs", a précisé le maire (FN) de la commune, Julien Sanchez, dans un communiqué qu'il a diffusé sur Twitter après avoir appris la nouvelle "avec effroi".

Une cellule médico-psychologique accueille les victimes depuis cette nuit à l'hôpital de Valence. Une deuxième devait être activée dimanche matin à Beaucaire au club de rugby, tenue par deux médecins du SAMU.

Les victimes sont "des jeunes de Beaucaire qui étaient partis voir le match", précise-t-on à la mairie de Beaucaire. "L'ambiance est lourde" dans la ville, où l'on se prépare à accueillir leurs proches.

A 04H30, l'autocar accidenté ayant été relevé puis remorqué, l'autoroute A7 a été rouverte à la circulation après avoir été coupée partiellement durant plusieurs heures.

- Hommage au stade de France -

Un hommage sera rendu aux victimes au Stade de France samedi prochain lors de la finale du championnat entre Montpellier et Castres, a indiqué dimanche la Ligue nationale, pour qui "c'est toute la famille du rugby qui est touchée à travers ce drame".

"Tout notre soutien et toutes nos pensées vont aux proches et à la famille des victimes", a réagi de son côté la Fédération (FFR) en présentant "ses plus sincères condoléances".

Environ 135 pompiers, 60 gendarmes et trois hélicoptères du Samu ont été mobilisés pour les secours. Le parquet de Valence a ouvert une enquête en flagrance du chef d'homicide et blessures involontaire, contre X, confiée à l'escadron départemental de sécurité routière, pour éclairer les circonstances de l'accident et déterminer d'éventuelles responsabilités, techniques ou humaines.

Une expertise judiciaire aura lieu dans la semaine à cette fin. "On peut penser qu'il y a eu un problème d'éclatement (de pneu, NDLR) mais ça reste à confirmer", a déclaré à l'AFP le procureur de la République, Alex Perrin, ajoutant qu'une autopsie du chauffeur doit également être réalisée par l'institut médico-légal de Grenoble.

Une enquête du BEA-TT (Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre) est par ailleurs ouverte, ont indiqué dimanche les ministères de l'Intérieur et des Transports dans un communiqué.

Les demi-finales du Top 14 ont eu lieu vendredi et samedi au stade du Parc OL à Décines-Charpieu, près de Lyon. Castres a battu le Racing 92 (19-14) samedi, rejoignant en finale Montpellier, victorieux la veille de Lyon (40-14).

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La Colombie entre droite et gauche pour la première présidentielle de la paix

Un affrontement inédit entre droite et gauche se profile en Colombie dimanche pour la première élection présidentielle depuis la paix avec l'ex-guérilla Farc, pacte qui a polarisé une société meurtrie par le conflit, et dont l'avenir se joue avec ce scrutin.

Dans une Colombie où la droite règne depuis toujours, son champion Ivan Duque, nouveau en politique, part favori pour ce premier tour, mais talonné par un candidat anti-système, Gustavo Petro, ancien maire de gauche de Bogota.

"Ces élections ont une signification énorme pour un pays où renaît l'espérance. Nous devons continuer à construire la paix", a tweeté le chef de l'Etat sortant Juan Manuel Santos, 66 ans. Il a appelé samedi les Colombiens à participer "massivement" et "pacifiquement à cette décision si importante pour l'avenir".

Après deux mandats depuis 2010, ce président de centre-droit, artisan de la fin d'une confrontation armée de plus d'un demi-siècle, ne peut se représenter. La consolidation de la paix, fragilisée par des retards dans l'application de l'accord, dépendra de son successeur.

La droite dure, opposée au pacte signé avec l'ex-guérilla Farc et aux pourparlers entamés avec l'Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion du pays, entend reconquérir la présidence avec un candidat jeune. Si ce n'est ce dimanche, ce sera au second tour le 17 juin.

- Paix, corruption et inégalités -

Outre la révision de l'accord de paix, qu'il juge laxiste envers les ex-guérilleros exemptés de prison s'ils admettent leurs crimes, Ivan Duque, 41 ans, promet d'éradiquer la drogue, la corruption et de relancer la 4e économie d'Amérique latine, en berne à 1,8% de croissance.

Parmi six candidats, cet avocat et économiste représente une coalition menée par le Centre démocratique (CD) du controversé, mais populaire ex-président Alvaro Uribe. Crédité de 37,6% à 41,5% des voix selon les sondages, Duque défend la liberté d'entreprendre, les valeurs traditionnelles de la famille et vilipende le Venezuela voisin en faillite.

Son principal rival, Gustavo Petro (crédité de 24,2% à 29,5% des voix), du mouvement Colombie Humaine, est un ex-guérillero du M-19 dissout. A 58 ans, il séduit les foules avec un programme favorable aux plus humbles, mais se voit reprocher ses accointances avec le socialisme vénézuélien.

Dans un pays allié des Etats-Unis, il défend l'accord avec l'ex-guérilla Farc et le dialogue avec l'ELN, qui a suspendu ses actions armées à l'occasion de l'élection. La sécurité a toutefois été renforcée pour le scrutin, ouvert de 8h00 à 16h00 (13h00 à 21h00 GMT), avec le déploiement d'environ 150.000 militaires.

Premier producteur mondial de cocaïne, ce pays de 49 millions d'habitants reste confronté à la violence de groupes illégaux, qui se disputent le contrôle du narco-trafic dans les anciens fiefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), converties en parti politique sous le même acronyme.

En tête des nations les plus inégalitaires du continent, après Haïti et le Honduras, la Colombie peine à émerger d'un conflit qui, au fil des décennies, a impliqué une trentaine de rébellions, des paramilitaires et les forces de l'ordre, faisant plus de huit millions de victimes, entre morts, disparus et déplacés.

- Le facteur Uribe -

En 2016, à la surprise générale, l'accord de paix avait été rejeté par référendum, avant d'être renégocié, puis voté au Parlement. Les résultats électoraux sont parfois imprévisibles et l'abstention flirte traditionnellement avec les 50%.

"Deux candidats sont clairement en tête et, sauf surprise et une grande erreur des sondages, Petro et Duque iraient au second tour, bien qu'il existe aussi la possibilité que Duque gagne au premier", a déclaré à l'AFP Nicolas Liendo, politologue de l'Université Sergio Arboleda.

Après avoir essuyé un échec cuisant en mars --lorsqu'elle s'est confrontée à la réalité des urnes et n'a pas réussi à dépasser 0,5% pour gagner plus que les 10 sièges parlementaires octroyés par l'accord de paix-- la Farc (Force alternative révolutionnaire commune) a renoncé à la présidentielle.

La droite dure s'était imposée à ces législatives. S'il succède à M. Santos le 7 août, Duque devrait compter sur l'appui du Congrès. Mais il bénéficie surtout de l'aura d'Uribe. Après deux mandats (2002-2010), "le papa de la Colombie", comme l'a lancé l'animateur d'un meeting, ne peut se représenter. Il a donc adoubé son jeune poulain qu'il se défend de manipuler tel une marionnette.

"Cependant, les sondages montrent aussi un niveau élevé d'indécis ou de vote blanc, ce qui pourrait générer une surprise", avertit l'analyste Andrés Macias, de l'Université Externado.

Un outsider, tel l'ex-maire de Medellin, Sergio Fajardo (Coalition Colombie, centre-gauche), ou l'ancien vice-président German Vargas (Changement radical, centre-droit), pourrait donc jouer les trouble-fête.

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Oui massif des Irlandais au droit à l'avortement

Les Irlandais ont approuvé à une majorité écrasante la libéralisation de l'avortement lors d'un référendum historique organisé vendredi dans leur pays à forte tradition catholique, selon des résultats définitifs annoncés samedi.

Les électeurs se sont prononcés à 66,4% pour l'abrogation de l'interdiction constitutionnelle de l'avortement, 33,6% ayant voté non lors d'un scrutin où la participation a atteint 64,1%.

"C'est une révolution tranquille", a réagi le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, selon qui les Irlandais étaient prêts au changement.

"Le peuple a dit que nous voulions une Constitution moderne pour un pays moderne, que nous faisons confiance aux femmes et que nous les respectons pour prendre les bonnes décisions concernant leur propre santé", a-t-il ajouté.

- Séisme culturel -

Ce vote est un nouveau séisme culturel dans la petite république de 4,7 millions d'habitants, trois ans après la légalisation, par référendum également, du mariage homosexuel.

Dans la capitale irlandaise, la cour du château de Dublin a été envahie par des centaines de personnes qui ont accueilli les résultats avec des cris de joie et des larmes d'émotion.

"C'est un jour historique pour l'Irlande et les femmes de ce pays. Nous avons été ostracisées et discriminées pendant des années par l'Eglise catholique, nos gouvernements, les hommes", s'est exclamée Caoimhe Sloane, une institutrice de 27 ans interrogée par l'AFP, qui se dit "fière" de son pays.

Alors qu'un groupe de jeunes femmes débouche une bouteille de champagne, Stasia Clancy et sa fille fondent en larme dans les bras l'une de l'autre. "Il n'y a pas de mots", dit à l'AFP la mère de 64 ans. "Ce soir, je vais danser, je vais sauter, et puis dieu sait quoi d'autre!" ajoute-t-elle en riant.

Fort de ce résultat, le gouvernement veut autoriser l'avortement pendant les 12 premières semaines de grossesse, et jusqu'à 24 semaines pour raisons de santé. Leo Varadkar, chef du parti Fine Gael, a annoncé que la nouvelle législation serait promulguée "avant la fin de cette année".

Son ministre de la Santé, Simon Harris, a précisé à l'AFP que l'exécutif se réunirait mardi pour discuter du projet de loi avec l'objectif de le présenter "à l'automne" au Parlement, où il devrait être adopté sans difficulté, les chefs des deux principaux partis d'opposition, Fianna Fail et Sinn Féin, soutenant la réforme.

- 'Jour désastreux' -

Dans un centre de comptage à Dublin, l'atmosphère était déjà à la fête en début d'après-midi, alors que des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote prédisaient une large victoire du oui. "Nous avons définitivement rompu avec une histoire qui était vraiment très dure pour les femmes", s'est félicitée Ailbhe Smyth, 71 ans, de la campagne "Together for Yes".

"Nous nous sommes sortis de l'âge des ténèbres. Nous ne sommes plus un pays arriéré, comme l'Eglise voulait nous le faire croire", s'est réjouie de son côté Catherine Claffey, une fleuriste de Dublin âgée de 53 ans.

Dans le camp anti-avortement, Cora Sherlock, porte-parole de "Pro Life Campaign", a parlé de "jour désastreux". John McGuirk de la campagne "Save the 8th", ne s'avoue cependant pas vaincu. "Chaque fois qu'un enfant à naître verra sa vie terminée en Irlande, nous nous y opposerons et ferons entendre notre voix", menace-t-il dans un communiqué.

Quelque 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer vendredi à l'issue d'une campagne souvent âpre.

La consultation posait précisément la question de l'abrogation du 8e amendement de la Constitution, qui en 1983 scellait dans le marbre le tabou de l'avortement en Irlande, l'interdisant au nom du droit à la vie de "l'enfant à naître (...) égal à celui de la mère".

Après le décès de septicémie d'une femme enceinte, une réforme a été introduite en 2013 permettant une exception lorsque la vie de la mère est menacée. Mais l'IVG reste interdite dans tous les autres cas, contraignant des dizaines de milliers de femmes à aller avorter à l'étranger au cours des trente dernières années.

- 'Fini l'opprobre et la solitude' -

La consultation, qui est intervenue à trois mois d'une visite du pape François en Irlande, traduit le déclin de l'influence de l'Église catholique, dont la puissante tutelle s'est érodée en raison des bouleversements économiques et sociaux. L'institution religieuse paie aussi le prix des affaires de pédophilie impliquant des prêtres.

"Il est grand temps que l'Irlande officielle arrête d'entretenir des vues extrêmement conservatrices sur les questions sociales et morales. Le peuple a parlé et ce qu'il a dit haut et fort c'est que +nous+ sommes une société moderne, libérale et progressiste", a déclaré sur Twitter David Farrell, directeur de l'école de politique de l'University College Dublin.

C'est aussi un grand succès personnel pour Leo Varadkar, accueilli comme une rock-star par la foule. Par le passé anti-avortement avant de changer d'opinion à l'aune de nombreux témoignages de femmes, le jeune médecin de formation, 39 ans, ouvertement homosexuel, avait promis de laisser les Irlandais s'exprimer sur la question en accédant à la tête de l'exécutif au printemps dernier.

"C'est le jour où nous avons dit c'est fini. (...) Fini les trajets solitaires à travers la mer d'Irlande. Fini l'opprobre (...) Fini la solitude. Le poids de la honte est levé", a-t-il dit, soulignant qu'hommes et femmes, campagnes et villes avaient voté dans un même mouvement.

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Berlin se prépare à un face-à-face tendu entre l'extrême droite et ses détracteurs

D'un côté l'extrême droite, de l'autre, des fans de techno, de simples Berlinois et des militants antifascistes: la capitale allemande se préparait dimanche à un face-à-face tendu entre manifestations rivales, sous l'oeil d'un important dispositif policier.

Par crainte de dérapages violents, quelque 2.000 agents des forces de l'ordre -y compris des renforts venus d'autres régions- ont été réquisitionnés.

Bruyant à la chambre des députés où il a fait une entrée fracassante aux législatives du 24 septembre (près de 13%), le parti d'extrême droite AfD, l'Alternative pour l'Allemagne, dit désormais vouloir mobiliser dans la rue contre la chancelière Angela Merkel, sa bête noire, accusée d'avoir mis le pays en danger en accueillant des centaines de milliers de demandeurs d'asile.

"Nous voulons montrer à tous que comme des millions d'Allemands dans le pays, nous sommes inquiets concernant +l'avenir de l'Allemagne+", thème de la manifestation d'extrême droite, avait expliqué le chef à Berlin de cette formation anti-islam et anti-élite, Georg Pazderski, lors d'une conférence dans la semaine.

La marche doit partir vers 10h00 GMT de la place de la gare centrale jusqu'à l'emblématique Porte de Brandebourg, où plusieurs ténors du parti- dont ses deux présidents, Alexander Gauland et Jörg Meuthen- doivent prendre la parole.

- Faire du bruit -

Après avoir annoncé 10.000 participants à la police, la direction du parti a revu ses ambitions, disant compter sur 2.500 à 5.000 manifestants. Beaucoup n'osent pas afficher publiquement leur affinité, craignant des représailles dans leur entourage ou au travail, affirme l'AfD pour expliquer cette mobilisation attendue revue à la baisse.

Les contre-manifestants de tous bords, qui s'agitent depuis des jours sur les réseaux sociaux, devraient être nettement plus nombreux, plus de 10.000 personnes prédit même la police.

"Nous n'allons pas laisser la rue aux sympathisants de l'AfD", a lancé Nora Berneis de l'alliance "Stop à la haine, stop à l'AfD" composée de partis politiques, syndicats, associations d'étudiants ou de défense des réfugiés.

Pour la plupart, il s'agit d'empêcher pacifiquement l'AfD de faire entendre son message. Une centaine de clubs techno de la ville ont ainsi prévu une sorte de rave autour du défilé. Les DJ déverseront leurs décibels depuis des bateaux sur la rivière Spree ou des camionnettes placées dans les rues adjacentes.

Plus inquiétant pour la police, des militants d'extrême gauche Antifa ont menacé de "saboter" la manifestation, n'excluant pas l'usage de la violence.

Andreas Kalbitz, un cadre de l'AfD, a aussi pointé du doigt "l'existence d'une mouvance (d'extrême gauche) prête à la violence". Selon lui, "chaque personne qui sera à notre manifestation sait bien que ça ne sera pas une balade tranquille".

Signe des tensions qui couvent, la député écologiste et ancienne ministre Renate Künast a reçu un déluge de commentaires haineux -allant jusqu'à des menaces de viol- après avoir posté une vidéo sur internet appelant à la mobilisation contre l'extrême droite.

- 'Rien ne se passe' -

Fondée en 2013, l'AfD est devenu la troisième force politique d'Allemagne en se nourrissant des craintes liées à l'arrivée de plus d'un million de migrants depuis 2015.

La formation compte désormais plus de 90 députés et est le premier parti d'opposition du fait de l'alliance gouvernementale conclue dans la douleur entre les conservateurs d'Angela Merkel et les sociaux-démocrates.

Depuis leur arrivée, le débat est devenu plus cru dans l'hémicycle. La co-présidente du groupe parlementaire AfD, Alice Weidel, a récemment choqué en dénonçant les femmes en "burqas, filles voilées, hommes armés de couteaux et autres bons à rien" qui menacent selon elle la prospérité allemande.

Si la politique migratoire du gouvernement s'est nettement durcie ces deux dernières années, l'AfD continue de progresser dans les sondages et talonne le SPD, signe d'un rejet plus profond de la classe dirigeante dans un pays certes en pleine croissance mais où les inégalités sociales n'ont cessé de croître.

Les électeurs de l'AfD ont le sentiment qu'avec le quatrième gouvernement Merkel, comme avec les précédents, "rien ne se passe" pour eux, avait estimé mercredi Andreas Kalbitz. Cela "se verra lors des prochaines élections", a-t-il prévenu.

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Italie: toujours l'impasse sur le nouveau gouvernement

L'impasse politique restait totale dimanche en Italie où le chef du gouvernement désigné, Giuseppe Conte, ne parvient toujours pas à imposer son équipe, près de trois mois après les élections, faute d'accord sur le nom du ministre des Finances.

Les populistes italiens d'un côté, et le président Sergio Mattarella de l'autre, restent arc-boutés sur leurs positions, et rien n'indique qu'une solution pourra être trouvée d'ici la réouverture des marchés lundi matin.

Objet de ce bras de fer: le refus du président Mattarella de nommer Paolo Savona, 81 ans et eurosceptique déclaré, à la tête du ministère des Finances. Le chef de l'Etat en Italie nomme le président du Conseil et les ministres sur proposition de ce dernier.

Ce refus scandalise Matteo Salvini, le patron de la Ligue (extrême droite), qui avec Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème), ont porté M. Conte à la présidence du Conseil. Et il n'est pas prêt à céder, quitte à "tout faire sauter" et à retourner devant les électeurs, fort de son ascension dans les sondages.

"Soit le gouvernement commence à travailler dans les prochaines heures, soit il vaut mieux retourner voter et prendre la majorité absolue", a-t-il lancé samedi soir, devant ses partisans près de Bergame (nord). Et sur ce point, il est soutenu par M. Di Maio. "Nous avons déjà perdu trop de temps, ou on boucle dans les 24 heures (...) ou on laisse tomber", a-t-il déclaré samedi soir lors d'un meetin de son mouvement à Terni (centre).

Cette détermination ne semble pas toutefois ébranler le chef de l'Etat pour qui, il en va de la défense de la Constitution et des prérogatives du président.

Déjà peu convaincu de l'autorité de M. Conte face aux poids-lourds politiques qui composeront son équipe, M. Mattarella, garant du respect des traités internationaux, tient aussi à ce que l'Italie respecte ses engagements européens.

- Complot des élites -

Au risque de donner des armes aux populistes, qui dénoncent déjà le complot des élites pour les empêcher de gouverner. "Restez à nos côtés, nous avons des gens contre nous dans les étages supérieurs, mais tellement d'autres qui nous soutiennent", a ainsi averti M. Di Maio devant ses partisans.

Le chef de l'Etat italien attend désormais en son palais du Quirinal à Rome que M. Conte vienne lui rendre compte et lui présente sa liste de ministres.

Si elle devait comporter le nom de M. Savona, M. Mattarella devrait confirmer son refus, selon la plupart des commentateurs italiens, obligeant ainsi M. Conte à renoncer.

Le président désignerait alors un nouveau président du Conseil, mais cette fois sans chercher l'aval des vainqueurs des législatives du 4 mars, pour former un "gouvernement du président". En d'autres termes, un gouvernement technique, qui en tout état de cause, n'obtiendrait pas la majorité au Parlement, où dominent le M5S et la Ligue. Cet exécutif serait alors chargé de gérer les affaires courantes jusqu'à des élections, probablement à l'automne.

M. Savona pourrait de lui même jeter l'éponge pour faciliter une issue à cette crise institutionnelle sans précédent en Italie, mais, selon la presse italienne, il s'y est refusé.

Si rien ne devait se produire dimanche, tous les regards se tourneront lundi vers les marchés financiers. Vendredi, la Bourse de Milan avait terminé une nouvelle fois en baisse, à -1,54%. Quant au spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, il avait atteint dans l'après-midi 217 points, son plus haut depuis décembre 2013, avant de clôturer à 206 points.

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Roland-Garros: l'ogre Nadal et les revenantes

L'ogre la terre battue Rafael Nadal part à la conquête de la "Undécima", un onzième titre, pendant que les revenantes Serena Williams et Maria Sharapova tenteront de redevenir "reines" à Roland-Garros, qui s'ouvre dimanche.

En l'absence de Roger Federer, qui a fait l'impasse pour la deuxième année consécutive sur la saison sur l'ocre afin de s'économiser en vue de Wimbledon (2-15 juillet), le champion espagnol et les deux anciennes "patronnes" sont les grandes attractions de cette 117e édition.

Autant le tournoi messieurs semble taillé pour son grandissime favori Nadal, autant l'épreuve féminine reste plus que jamais ouverte.

Le Majorquin, qui fêtera ses 32 ans le 3 juin, se présente à Paris avec la même gourmandise que l'année de son premier trophée... en 2005. "J'ai connu beaucoup de grands succès ici. Cela reste le tournoi le plus important pour moi", a affirmé celui qui est redevenu l'ogre de l'ocre l'an passé sans perdre un seul set durant la quinzaine parisienne.

Le N.1 mondial n'a donc connu que deux vraies défaites à Roland-Garros: en 2015 face à Djokovic (quarts de finale) et en 2009 face au Suédois Robin Söderling (huitièmes), l'année du seul sacre parisien de Federer.

Outre le maestro suisse, Andy Murray, toujours en délicatesse avec sa hanche opérée, est l'autre grand absent du tournoi.

Djokovic, lui, est présent. Mais l'ancien N.1 mondial, tombé au 22e rang, peine depuis deux ans à retrouver son meilleur niveau, même s'il a montré du mieux à Rome. "Pour moi, il est toujours là et fait encore parti des prétendants (au titre)", estime Nadal, bousculé pendant un set par le Serbe dans la capitale italienne (7-6 (7/4), 6-3).

- Vers un 3e tour Nadal-Gasquet -

Alors, qui peut empêcher Nadal de croquer une nouvelle fois dans les anses de la Coupe des Mousquetaires? L'Autrichien Dominic Thiem (24 ans, 8e mondial) et l'Allemand Alexander Zverev (21 ans, 3e) espèrent y parvenir.

Le premier est le seul à avoir vaincu le Majorquin sur terre en 2017 (quart de finale à Rome) et cette année (quart à Madrid). Le second n'était pas loin d'un tel exploit, en finale à Rome, avant que la pluie ne perturbe la rencontre.

Nadal ne rencontrera ni l'un ni l'autre avant la finale, alors que les deux jeunes "loups" peuvent eux s'affronter dès les quarts. Le pauvre Richard Gasquet, l'un des rares Français à s'être un peu distingués en préparation, est lui placé sur la trajectoire du N.1 mondial dès le troisième tour. Au premier, l'Espagnol sera finalement opposé à l'Italien Simone Bolelli après le forfait de dernière minute de l'Ukrainien Alexandr Dolgopolov.

Serena Williams peut-elle arriver jusque-là? L'Américaine aux 23 trophées majeurs - à une longueur du record absolu de Margaret Court - est revenue "pour gagner" après avoir donné naissance à une petite fille en septembre. Mais pour l'instant la réalité l'a rattrapée.

Elle n'a disputé que deux tournois, en mars, avec des résultats peu convaincants (2 victoires, 2 défaites) à tel point que son entraîneur Patrick Mouratoglou a évoqué "un désastre" à Indian Wells.

Tombée au 449e rang, l'Américaine de 36 ans n'est pas tête de série à Paris, une situation qui a indigné jusqu'à Ivanka Trump, la fille du président américain. Elle n'était donc pas à l'abri de croiser une joueuse du gratin mondial d'entrée.

- Sharapova sur la bonne voie -

C'est finalement Kristyna Pliskova, 70e mondiale, à ne pas confondre avec sa s?ur Karolina (6e), qui se dressera sur son chemin. Dès les huitièmes de finale, la triple championne de Roland-Garros (2002, 2013, 2015) pourrait toutefois croiser la plus forte des jumelles tchèques ou bien... Sharapova!

La championne russe a elle raté les deux derniers rendez-vous de Roland-Garros. Il y a deux ans, elle purgeait une suspension de quinze mois pour dopage au meldonium. En 2017, la "Tsarine" venait de retrouver le circuit mais n'avait pas reçu d'invitation de la part des organisateurs et une blessure à une jambe l'avait privée des qualifications.

Toujours en quête de son meilleur niveau, la double championne de Roland-Garros (2012, 2014) a fait "un pas dans la bonne direction" à Rome où seule la N.1 mondiale Simona Halep a pu l'arrêter en demi-finale après un rude combat.

La Roumaine espère enfin soulever son premier titre majeur après deux échecs en finale à Paris. L'an passé, elle avait perdu ses moyens face à la sensation lettone Jelena Ostapenko, qui fait encore partie des prétendantes avec l'Ukrainienne Elina Svitolina et la Tchèque Petra Kvitova.

Caroline Garcia (7e mondiale) représentera les meilleures chances françaises à moins que Kristina Mladenovic, décevante ces dernières semaines, ne retrouve de sa superbe.

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Ligue des champions: Zidane a déja marqué l'histoire...

Jusqu'où ira-t-il ? Devenu samedi le premier entraîneur de l'histoire à remporter la Ligue des champions trois fois consécutivement, Zinédine Zidane semble, à 45 ans, au tout début d'une seconde carrière aussi pavée de succès que sa première vie de joueur.

Et tout ça après moins de trois ans d'exercice seulement dans son nouveau métier...

Cent pour cent, la statistique est vertigineuse. Depuis l'arrivée de Zizou sur son banc en cours d'année 2016, le Real Madrid a remporté toutes les finales qu'il a disputées: Ligue des champions 2014 (en tant qu'entraîneur-adjoint), Ligue des champions 2016, Supercoupe d'Europe 2016, Mondial des clubs 2017, Ligue des champions 2017, Supercoupe d'Espagne 2017, Supercoupe d'Europe 2017, Mondial des clubs 2018, et Ligue des champions 2018.

Considéré comme l'un des plus grands talents de l'histoire du foot en tant que meneur, le Ballon d'Or 1998 a surtout démontré, depuis sa reconversion réussie, qu'il est tout simplement un surdoué.

S'il est désormais acquis que le "Real de Zidane" aura une place de choix dans les livres d'histoire du sport-roi, aux côtés de l'AC Milan d'Arrigo Sacchi, vainqueur en 1989 et 1990, ou encore du FC Barcelone de Pep Guardiola (2009, 2011), que retiendra-t-on de son ère alors qu'il ne cesse de marteler qu'"il n'y a pas de secret" pour expliquer sa réussite ?

- "Management extraordinaire" -

Loin d'une volonté d'imposer des principes de jeu révolutionnaires, comme a pu l'incarner Johan Cruyff avec son football total, ZZ a surtout impressionné les observateurs sur deux plans: sa finesse psychologique pour diriger un vestiaire pleins d'egos, à l'image de sa gestion réussie de la superstar Cristiano Ronaldo, et sa science du coaching gagnant, encore démontrée par l'entrée en jeu décisive et spectaculaire de Gareth Bale contre Liverpool (3-1), trois minutes avant son premier but.

David Bettoni, son confident et meilleur ami depuis le centre de formation de l'AS Cannes à la fin des années 1980 avant de devenir quelques décennies plus tard son bras droit à la tête de la Castilla (réserve du Real en 3e division espagnole), puis de l'équipe A du Real depuis 2016, est l'un des mieux placés pour décrypter les prouesses de la méthode ZZ.

"Il a un calme, une manière de parler aux joueurs extraordinaire. C'est vraiment dans son management qu'il est vraiment, pour moi, extraordinaire. Ce qui fait sa force, c'est aussi sa connaissance du football de haut-niveau. Dans sa causerie d'avant-match (de la finale de C1 remportée samedi), il leur a dit de prendre du plaisir", a-t-il confié à deux médias, dont l'AFP, après le triomphe à Kiev.

De là à en faire le meilleur entraîneur de l'histoire ? Il est sans doute trop tôt pour le dire tant le quadragénaire a encore plein d'années d'exercice devant lui...

- Sélectionneur des Bleus ? -

"Maintenant, après le Real, quel club peut-il faire ? C'est un peu compliqué, c'est surement l'un des plus grands clubs au monde, et il a déjà tout gagné, tous les titres quasiment ! Il ne lui manque que la Coupe d'Espagne, ma foi", estime auprès de l'AFP Guy Lacombe, l'homme qui l'a fait éclore à Cannes avant de devenir son formateur au métier de coach près de 30 ans plus tard.

"Je pense qu'un jour il aimerait prendre l'équipe de France. C'est évident, il ne s'en est jamais caché. Il faut que ça se fasse dans de bonnes conditions, au bon moment, et ça, puisqu'il est patient, il n'y aura aucun problème. On verra dans le temps mais il a un destin international", ajoute Lacombe.

Si le contrat de sélectionneur de son ancien coéquipier Didier Deschamps a été prolongé jusqu'en 2020, l'idée de voir un jour Zizou prendre les commandes de l'équipe de France ne déplait pas au président de la Fédération française (FFF) Noël Le Graët. Cela tombe bien, l'ancien N.10 est lié avec le club merengue jusqu'en... 2020 également !

"C'est une suite logique, c'est probable qu'un jour il l'ambitionne", avait déclaré Le Graët en juin 2017. "Pour le moment, je pense qu'il a encore beaucoup à apporter au Real et la vie du club lui convient parfaitement".

Après le départ de Laurent Blanc en juillet 2012, Zidane avait déjà manifesté au patron de la FFF son désir d'entraîner les Bleus. "Mais je lui avais dit que c'était trop tôt pour lui, qu'il fallait d'abord qu'il prenne un club", avait expliqué à l'AFP M. Le Graët en 2014. Zidane a largement respecté sa part du contrat... De quoi se donner rendez-vous pour après l'Euro-2020 ?

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A Los Angeles, des compagnons de marche contre la solitude urbaine

Pour 30 dollars l'heure, le service de marche à pied fondé par Chuck McCarthy propose de l'air frais, de l'exercice et quelqu'un à qui parler dans la vie pressée et parfois solitaire des habitants de Los Angeles.

McCarthy pensait initialement "devenir un promeneur de chiens", un petit boulot très répandu dans les grandes métropoles américaines comme New York ou Los Angeles où les habitants voyagent beaucoup et embauchent des gens pour s'occuper de leur animal de compagnie en leur absence.

"Je voyais aussi beaucoup de petites annonces d'entraîneurs personnels de gym. Alors j'ai dit à ma copine, +peut-être que je vais juste devenir un promeneur de gens+", ajoute-t-il, lors d'une randonnée sur les collines de Hollywood surplombant la cité des Angeles.

C'était une boutade, mais McCarthy a commencé à y penser plus sérieusement, réalisant qu'il y avait un besoin de socialisation dans la gigantesque métropole californienne aux dix millions d'habitants.

L'homme, baraqué et barbe touffue, a démarré The People Walker (le promeneur des gens) en solo il y a deux ans, mais la demande était telle qu'il compte à présent 35 accompagnateurs dans son équipe et un site internet où les gens peuvent choisir des trajectoires et des partenaires.

L'isolement social a été lié à diverses formes de dépression, maladies du coeur, diabète et cancer et peur raccourcir la vie autant que le tabagisme, d'après certaines estimations.

Eric Klinenberg, professeur de sociologie à New York University, a identifié la cause de cette solitude urbaine lors d'une récente tribune au New York Times: l'individualisme croissant de la société contemporaine.

- Conversation ou confession? -

L'économie des employés indépendants (la "gig economy" en anglais) a donné naissance à une génération de travailleurs qui n'ont pas de routine, ne vont pas au bureau.

McCarthy assure que nombre de ses clients sont mariés, ont des enfants, des amis, mais que leurs horaires ne correspondent pas à ceux de leurs proches. C'est pour son aspect pratique qu'ils se tournent vers People Walker.

Pour d'autres, les écrans et les réseaux sociaux ont offert des rapports humains désincarnés.

Au lieu de "crier dans le vide de Twitter or Facebook", les clients de M. McCarthy s'offrent des relations avec des gens en chair et en os qui ne les jugeront pas et ne parleront pas en mal d'eux.

"C'est assez similaire à aller faire une confession, dans un bar, voir un psy ou aller chez le coiffeur", ou d'autres relations tarifées, assure M. McCarthy.

Aspirant acteur, il refuse coquettement de donner son âge - "disons que j'ai la trentaine" - mais son affaire florissante l'a quelque peu éloigné des auditions ces derniers temps: il s'apprête à inaugurer une application pour smartphones et prévoit d'étendre ses services à travers la Californie... et le monde.

Ces deux dernières années, il a marché avec des clients venus de tous horizons quatre ou cinq fois par semaine, en général pendant une heure, et se décrit comme quelqu'un qui sait écouter.

"C'est plus une conversation qu'une confession", remarque-t-il tout en tempérant: "je ne dirais pas que j'entends les plus noirs secrets ou que certains fondent en larmes pendant nos marches", plaisante-t-il.

Anie Dee, la vingtaine et originaire du Wisconsin dans le nord du pays, vit à Los Angeles depuis sept ans et conduit pour un service de chauffeurs, quand elle ne travaille pas pour une billetterie de salle de spectacle. Assise toute la journée, elle a décidé l'an dernier qu'elle voulait faire plus d'exercice.

"J'ai des problèmes de santé donc marcher longtemps est très difficile pour moi. Avoir quelqu'un avec moi m'aide à marcher plus loin que je n'aurais jamais pensé", confie-t-elle.

Elle fait valoir que ses virées avec McCarthy ont eu un impact positif sur son humeur.

"Quand on enchaîne les emplois de bureau et qu'on est seule, on ne profite pas vraiment de l'aspect social du travail", conclut-elle.

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